1300 kilomètres à pied sur l’Arizona Trail, revivez l’aventure de Rémi

Il est reparti et il est insatiable. En 2016, vous aviez pu lire l’immense parcours de Rémi sur le mythique Pacific Crest Trail, avec ses plus de 4000 kilomètres à pied. Il a remis ça il y a quelques mois en Nouvelle-Zélande avec le Te Araroa (3000 km). Et maintenant, le marcheur fou est de retour aux Etats-Unis pour une nouvelle aventure, l’Arizona Trail. 

Quand on a échangé autour de ce projet, nous avons sauté sur l’occasion. “Rémi, il faut que tu nous racontes ça sur le blog, pourquoi pas en direct”. Alors, voilà, ces 40 ou 50 prochains jours, nous allons laisser la main à Rémi pour qu’il nous raconte cette expérience folle.

Départ le 25 septembre 2019. Prêts à le suivre ?

 

 

A la découverte de l’Arizona Trail, étape par étape

Avant le départ – introduction à l’AZT

Quelques mois après être revenu de la Nouvelle-Zélande que j’ai parcouru à pied le long du Te Araroa (3000 km) et trois ans après avoir bouclé le Pacific Crest Trail sur la côte ouest américaine du Mexique au Canada (4250 kilomètres), je vais retrouver les chemins de randonnée au pays de l’Oncle Sam. L’objectif cette fois-ci sera de venir à bout de l’Arizona Trail. Long de presque 800 miles (un peu moins de 1300 kilomètres), l’Arizona Trail fait partie des 11 National Scenic Trail des Etats-Unis. Désigné justement National Scenic Trail le 30 mars 2009, l’AZT (son petit surnom et diminutif que j’utiliserai souvent) a été achevé le 16 décembre 2011 et s’étend de la frontière mexicaine au sud à la frontière avec l’Utah au nord.

 

 

Bien moins long que les trois trails classiques qui forment la Triple Crown – que j’espère conquérir un jour (Appalachian Trail, Pacific Crest Trail et Continental Divide Trail), l’Arizona Trail n’en reste pas moins mythique pour la diversité des paysages qu’il traverse dans ce superbe état à l’image du très touristique mais non moins fabuleux Grand Canyon dont il emprunte la célèbre randonnée Rim-to-Rim ainsi que le Saguaro National Park et ses cactus mythiques un peu plus au sud. Et contrairement à ces trois longues randonnées de plus en plus prisées, l’AZT offre une expérience plus solitaire pour le faible nombre de personnes qui l’emprunte. D’après certaines sources, une centaine de personnes le complètent ainsi en intégralité chaque année.

 

 

Le point le plus haut se situe sur le Kaibab Plateau à 2788 mètres d’altitude alors que le point le plus bas est à 518 mètres dans la Gila River. Comme pour les autres trails, la principale difficulté de l’AZT réside dans sa fenêtre météo. Les Northbounders (Nobo, allant de la frontière mexicaine à la frontière de l’Utah) partent généralement entre fin février et avril afin d’éviter la chaleur caniculaire de l’été alors que les Southbounders (Sobo, allant de la frontière de l’Utah à la frontière mexicaine, ce que je ferai donc) attendent la fin de l’été/le début de l’automne pour s’élancer.
L’eau sera également la plus grosse problématique durant cette traversée de l’Arizona, tant les sources naturelles y sont peu abondantes. Il ne sera pas rare de devoir porter 5-6 litres d’eau entre deux points de ravitaillement.

 

 

Combien de temps ? 45 jours semble être la moyenne passée sur le chemin sachant qu’à raison de 15 miles/jour (24km), il faut 53 jours pour le terminer et 40 jours à 20 miles/jour (32km) Je resterai sur le sol américain deux mois donc largement de quoi avoir le temps de terminer le chemin normalement, si aucune blessure ne vient entacher l’expérience !

En attendant de vous faire parvenir les comptes-rendus journaliers et les photos qui vont avec, voici la liste du matériel emporté.

 

 

Jour 1 – Mercredi 25 septembre : Utah border-Mile 21,8

21,8 miles (35km)

 

 

Presque 6 mois jour pour jour après avoir atteint Bluff et ainsi terminé le Te Araroa, il est temps de reprendre la route d’un chemin de longue randonnée ! J’avais entendu parler de l’Arizona Trail lors de mes premiers jours sur le PCT en 2016 et l’occasion était parfaite de découvrir cet état cette année. J’aurai déjà pu en avoir un bel aperçu lors de mon court vol entre Phœnix et Page hier mais il a été retardé d’une heure si bien que le décollage s’est fait alors que la nuit était déjà tombée. Tant pis, j’aurai le temps tout au long de ces 1300 kilomètres de l’apprécier et la route depuis Page (grâce à une navette payante d’une sympathique locale que je partage avec Jeff, un américain – de Philadelphie, belle coïncidence quand on sait l’amour que je porte aux équipes de Philly ! – qui avait prévu de commencer le même jour que moi et avec qui j’étais en contact depuis quelques jours) en met déjà plein la vue avec notamment le passage sur le barrage de Glen Canyon et le lac Powell.

Les paysages typiques de l’ouest American tels qu’on les voit partout sont enfin là sous mes yeux. Mais le lac Powell ne fait pas partir du trail et j’espère avoir un peu de temps pour y revenir à la fin de ma marche début novembre. Après 10 miles (1 mile = 1,6 km, les américains s’entêtent toujours avec leur stupide système de mesure, je n’y peux rien !) sur une route de terre, nous arrivons au début de l’AZT, à la frontière avec l’Utah. Après les traditionnelles photos, il est temps de fouler de nouveau les sentiers américains et c’est un pur bonheur après avoir arpenté tant bien que mal les chemins tortueux en Nouvelle-Zélande ! C’est en revanche moins plaisant de supporter le poids d’un sac à dos définitivement trop lourd avec 5 litres d’eau et 5 jours de nourriture et ça le sera encore moins quand la petite bretelle au niveau de la poitrine lâche après seulement quelques mètres, ça valait la coup d’acheter un sac neuf juste avant de partir… L’inconfort du poids du sac n’empêche pas de venir à bout de la montée qui ouvre ce trail en beauté. Le dénivelé sera heureusement moins important tout le reste de la journée car la chaleur se fait déjà bien ressentir. Et ce premier jour m’offre d’ailleurs un bon condensé de ce qui m’attend ces 5-6 prochaines semaines, à savoir de la chaleur, du sable, des cailloux, de la poussière et pas d’eau ! Il ne manque que les cactus et les serpents à sonnette mais ils ne tarderont pas à se montrer.

Le passage dans la Kaibab National Forest au milieu des pins offre de l’ombre bienvenue car je souffre en milieu d’après-midi. J’ai beau avoir bu 4 litres d’eau et allégé un peu mon sac en mangeant, son poids me met dans le dur et je suis bien content de trouver un coin plat à 17h après une belle journée de quasiment 22 miles déjà (35 km). Il faut que je prenne en compte que le soleil se couche tôt ici (18h30-19h) donc les journées ne seront pas à rallonge et il est de toute façon inutile de se mettre dans le rouge dès le premier jour. J’aimerai marcher une moyenne de 20 miles (32 km) par jour afin de terminer aux alentours du 2-3 novembre donc je suis dans les temps.

 

 

 

 

 

Jour 2 – Jeudi 26 septembre : mile 21,8-mile 43,5

21,7 miles (34,9 km). Total : 69,9 km

 

 

Si le soleil se couche tôt, l’avantage est qu’il se lève tôt aussi (6h) et je partirai même à la fraîche et à la lampe frontale une demi-heure avant qu’il ne pointe le bout de ses premiers rayons. Après 5 miles, je fais connaissance avec ma première water cache. Quesaco ? Les sources d’eau naturelles étant plutôt rares en Arizona, surtout dans cette partie nord, des volontaires aussi appelés Trail Angels déposent des bidons d’eau à des points stratégiques pour les randonneurs afin qu’on ne meurt pas de soif ! Certaines personnes – comme Jeff avec qui j’ai commencé hier – contactent même les trail Angels en avance, via Facebook la plupart du temps, afin de leur demander de poser de l’eau pour eux. Je ne l’ai pas fait car ça demande encore un peu plus de logistique et je n’avais pas envie de m’embêter avec ça.

L’inconvénient est que je ne suis jamais sûr à 100% qu’il y en aura suffisamment pour moi. Les commentaires des personnes passées avant sur l’application officielle du Trail (vive Guthook !) donnent une bonne indication de l’état des caches mais il faut aussi pouvoir la mettre à jour régulièrement. Bref, au pire ici j’aurai pu faire du stop pour rejoindre la petite ville de Jacob Lake et faire le plein d’eau mais la cache était pleine de gallons (3,7 litres) donc ça m’a permis de ne pas perdre de temps à faire un détour en ville. Je n’aurai de toute façon pas à porter beaucoup d’eau aujourd’hui puisque le ciel est nuageux et les températures bien en-dessous de ce à quoi je m’attendais. Idéal pour marcher sauf que le temps va vite se couvrir et une fine pluie commence à tomber en début d’après-midi. Quelques coups de tonnerre se font même entendre alors que la pluie continue s’installe…

J’avais choisi de venir en Arizona pour la douceur de son climat à cette période de l’année et je craignais même les fortes chaleurs et au lieu de ça je me retrouve à devoir poser ma tente en catastrophe à 15h, à côté d’une autre water cache heureusement, sous la pluie, alors même que l’été a été extrêmement sec dans la région et qu’il n’a quasiment pas plu de l’été. Avec un paysage de forêt brûlée qui m’a accompagné tout l’après-midi, ce deuxième jour ne restera pas mémorable mais le meilleur arrive heureusement très vite avec le Grand Canyon.

 

 

 

 

 

Jour 3 – Vendredi 27 septembre : mile 43,5-mile 63,9

20,4 miles (32,8 km). Total : 102,7 km

 

 

La pluie s’est heureusement arrêtée avant la tombée de la nuit hier mais je ne suis pas pour autant sorti de ma tente de 16h hier à ce matin ! Et encore, il m’a fallu beaucoup de courage pour m’extraire de mon sac de couchage tant la condensation à l’intérieur de la tente ne me donnait pas envie de me lever. Fort heureusement, au réveil, le grand ciel bleu me laisse espérer que la température va remonter dans la journée car je suis mine de rien à 2700 mètres d’altitude et l’air est plutôt frais quand je me mets en route à 7h30.

La majorité de la journée va se faire en forêt et au milieu d’immenses prairies. Le dénivelé y est donc relativement modeste et je peux admirer les couleurs automnales que prennent les arbres. A 13h, le décor change et une partie du Grand Canyon apparaît au loin, majestueux. L’immensité de ces paysages est indescriptible et j’ai hâte d’en voir plus dans les deux prochains jours. J’en profite pour prendre une pause repas avec une vue très gratifiante et pour faire sécher ma tente détrempée qui en avait bien besoin. J’avais initialement prévu de m’arrêter camper ici pour profiter de la vue mais il est encore tôt dans la journée et je vais en profiter pour m’avancer un peu.

La facilité de navigation sur le trail et son excellent état rendent l’avancée très plaisante, une petite brise permettant de plus de ne pas trop souffrir de la chaleur. Peu avant 16h, je rejoins Jeff qui était parti plus tôt que moi ce matin – hormis deux filles que l’on a passé en fin de journée le premier jour, on a depuis vu aucun autre thru hiker (ceux qui font le trail d’une traite), seulement deux randonneurs à la journée, des VTTistes et deux coureurs aujourd’hui – et on s’arrête près d’un immense réservoir d’eau bienvenu. On ne peut de toute façon pas aller plus loin, on entre bientôt dans le parc national du Grand Canyon et on ne peut pas y camper n’importe où. Il ne reste de toute façon que 12 miles demain pour rallier le camping sur la rive nord du Grand Canyon.

 

 

 

 

 

Jour 4 – Samedi 28 septembre : mile 63,9-North Rim Campground mile 76,2

12,3 miles (19,8 km). Total : 122,5 km

 

 

L’automne est bel et bien installé dans cette partie de l’Arizona. En sortant de ma tente je suis accueilli par un ciel gris et un vent frisquet, on ne doit pas dépasser les 15 degrés (Celsius pas Fahrenheit !). Je commence même la journée avec la polaire et … les gants. Après 2 miles, je fais le petit détour de quelques mètres pour aller à une ancienne tour d’observation des feux de forêt mais après quelques marches, je fais demi-tour, la vue est obstruée par les nuages, je ne distinguerai pas encore le Grand Canyon. Tant pis.

J’entre d’ailleurs officiellement dans le parc national aujourd’hui mais reste en forêt toute la matinée. Les écouteurs sur les oreilles, je fais les 12 miles d’une traite, l’air frais ne m’incite pas vraiment à m’arrêter. Du coup, à 11h, j’arrive au départ du North Kaibab Trail, le début de la fameuse randonnée rim-to-rim (North Rim à South Rim) que je ferai demain. En attendant, je fais le mile qui mène au North Rim Campground où je campe ce soir. Et l’emplacement est aux portes du Grand Canyon, la vue y est juste à tomber. Avant même d’installer ma tente, je reste de longues minutes en extase devant ce paysage tant de fois rêvé et enfin à portée de main. Et encore, il ne s’agit ici que d’une toute petite partie du Grand Canyon. J’en verrai plus demain en y descendant tout au fond.

Une navette gratuite nous mène au Grand Canyon Lodge où je peux enfin manger un repas chaud, et boire une bière évidemment ! (la bien nommée Grand Canyon Trail Hike IPA) Arriver si tôt me permet également de retrouver un semblant de civilisation en prenant une douche et en lavant mes affaires. Je reste ensuite une bonne heure à attendre le coucher du soleil en discutant avec un américain qui a fait le rim to rim dans l’autre sens aujourd’hui et me donne de précieuses informations. La journée de demain s’annonce aussi exceptionnelle que difficile.

 

 

 

 

 

Jour 5 – Dimanche 29 septembre : North Rim Campground (mile 76,2) – Mather campground (mile 100,2)

24 miles (38,6 km). Total : 161,1 km

 

 

Je ne sais pas si c’est l’excitation de découvrir enfin le Grand Canyon ou le vent qui a soufflé sans interruption toute la nuit (je pense pour la seconde option …) mais je n’ai quasiment pas fermé l’œil de la nuit et je suis presque content de me lever à 4h30. Jeff avait prévu de partir en même temps que moi mais des ampoules douloureuses le forcent à rester ici, je pars donc seul peu après 5h, sous un vent toujours puissant et froid. Après avoir parcouru le mile supplémentaire pour rejoindre l’AZT, j’attaque le fameux rim to rim à 5h30 depuis le North Kaibab Trailhead.
Cette randonnée était dans un coin de ma tête depuis des années et il était évident que le jour où j’irai au Grand Canyon je descendrai tout au fond plutôt que de me contenter des points de vue classiques. Du coup, j’étais comblé quand j’ai étudié le parcours de l’AZT en détail et que j’ai vu qu’il empruntait cet itinéraire.

Le rim to rim (North Rim à South Rim) est la randonnée qui descend au fond du Canyon depuis une rive pour y remonter de l’autre côté. Plutôt exigeante et sportive, elle fait des victimes chaque année, principalement en raison du manque de préparation et de connaissance des gens car elle est tout à fait réalisable dans des conditions normales (c’est-à-dire hors canicule en plein été !). Le départ s’effectue à 2500m d’altitude pour descendre jusqu’au fleuve Colorado à un peu plus de 700m avant de remonter sur la rive sud à quasiment 2100m. Le sens dans lequel je la fais est plus « facile » en raison du dénivelé moins important lors de la remontée.
A 5h30, je suis tout seul dans le noir complet à m’élancer du North Rim. 20 minutes plus tard, j’arrive à un premier point de vue où je reste un petit moment en attendant le lever du soleil. Le ciel chargé de nuages offre un spectacle magnifique et les nombreuses photos que je prends ne rendront jamais hommage à ces paysages. Les couleurs changent sans cesse, du jaune beige à l’orange en passant par le rouge vif, tout ça en l’espace de quelques minutes. La pente est adoucie grâce à de nombreux lacets lors desquels je m’arrête à chaque coin de virage un nombre incalculable de fois, bouche bée devant tant de beauté. Je comprends pourquoi le Grand Canyon est un des parcs nationaux les plus visités du pays.

Au fur et à mesure de la descente, je prends conscience de l’immensité des lieux et me sens tout petit dans cet univers. Le plus gros du dénivelé se fait durant les 6 premiers miles jusqu’au Manzanita footbridge, d’où l’avancée jusqu’au Phantom Ranch devient plus aisée. Tout au fond du Canyon, le Phantom Ranch (approvisionné par les mules et chevaux) offre une pause bienvenue. Les repas se réservent à l’avance et je me délecte juste de deux grands verres de citronnade bien frais avant d’attaquer le gros de la journée, la remontée vers le South Rim. Après avoir fait le petit détour jusqu’au fleuve Colorado où je trempe mes mains, je passe le pont suspendu qui l’enjambe peu avant midi et me retrouve face au gros défi que j’attendais avec impatience. Le vent souffle toujours heureusement pour rafraîchir l’air car les nuages ont disparu et le soleil brille de plein éclat.

L’ombre se fait rare et les 2 litres et demi d’eau ne seront pas de trop pour ces 7 miles de montée. Une seule fille va dans le même sens que moi et je ne croise que quelques personnes descendant au fond du Canyon. Pour un dimanche, je suis surpris du peu de monde rencontré depuis ce matin. Le peu que je croise me félicite d’ailleurs de faire le rim to rim qui leur semble innatteignable. Je ne me sens pas particulièrement surhumain mais ces félicitations offrent le regain d’énergie nécessaire pour continuer d’avancer.

Tout au loin en haut derrière moi, j’aperçois la North Rim d’où je suis parti ce matin. Comme pour la descente, les paysages restent fabuleux et je me sens privilégié de faire partie d’un tel spectacle. En approchant du Cedar Ridge (passage sur crête) et de l’arrivée au South Kaibab Trailhead, les gens se font de plus en plus nombreux. Ils descendent quelques miles depuis le parking pour admirer la beauté du Grand Canyon, comment leur en vouloir devant un tel paysage ? A 15h30, 10 heures après être parti, j’atteins le South Kaibab Trailhead, pas peu fier d’être venu à bout de la plus belle randonnée qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie.
Deux miles plats me mènent ensuite au Mather Campground où j’y croise un autre AZT thru hiker, le quatrième seulement depuis le début. Je passe au passage la marque symbolique des 100 miles, en 5 jours, pile dans la moyenne que je m’étais donné même si une petite douleur au pied qui m’avait inquiété au début du mois après mon tour dans les gorges de la Meouge se réveille par moment et m’incite à la prudence pour la suite.

Beaucoup plus touristique que la North Rim, la South Rim comprend un magasin où je fais mes courses pour la prochaine section de 4-5 jours en plus de dévorer plusieurs morceaux de pizza et d’y déguster une IPA bien méritée. J’espère trouver le sommeil plus rapidement que hier même s’il sera dur de ne pas rêver du Grand Canyon cette nuit !

 

 

 

 

Jour 6 – Lundi 30 septembre : Mather Campground – mile 115,6

15,4 miles (24,8 km). Total : 185,9 km

Malgré l’extrême fraîcheur de l’air ce matin, je n’ai qu’une idée en tête quand je me mets en route à 6h30, arriver le plus vite possible à la petite ville de Tusayan, distante de 6 miles seulement, afin de me rendre dans un restaurant mexicain qui fait un petit-déjeuner buffet à volonté que j’ai coché depuis un moment ! Avant ça, il y a donc 6 miles sur une piste cyclable goudronnée, rien de bien sexy sur le papier et pourtant, alors qu’une route assez fréquentée passe tout proche, je vais découvrir la faune locale qui sort elle aussi aux aurores. Plusieurs élans et daims vivront leur vie à quelques mètres de moi, ça a quand même bien plus de charme qu’au zoo ! A 8h30, j’arrive à Tusayan, direction la Plaza Bonita donc pour un petit-déjeuner à volonté qui n’arrive pas à la cheville de celui du Timberline Lodge sur le PCT mais qui m’aura néanmoins rassasié. Je profite d’être en ville pour squatter le wifi du McDo de l’autre côté de la rue quelques heures ainsi que pour recharger les batteries, aussi bien les miennes que celles des appareils électroniques, et un burger et quelques verres de Dr Pepper plus tard, il faut se remettre en route vers 13h. L’eau se fera rare encore cette semaine donc je repars avec 3 litres sur le dos.

La journée d’aujourd’hui a le malheur de tomber juste après celle dans le Grand Canyon et les 10 miles en forêt m’apparaissent bien monotones. Mais une telle aventure est aussi faite de journées plus banales qui ont aussi leur importance. Malgré tout, pas à pas, dans le Grand Canyon ou pas, je me rapproche petit à petit du Mexique. Je m’arrête à 16h sur un emplacement idéal au milieu de la forêt que j’ai pour moi seul.

Jour 7 – Mardi 1er octobre : Mile 115,6-mile 146

30,4 miles (48,9 km). Total : 234,8 km

Bercé toute la nuit par les cris des élans, c’est tout naturellement que j’en vois plusieurs au loin quelques minutes après avoir attaqué ma journée. Très craintif, l’élan ne se laisse pas approcher et prendre facilement en photo mais les voir même furtivement à quelques mètres de moi suffit à mon bonheur. Ça sera d’ailleurs le meilleur moment de la journée ! Car après une après-midi monotone hier, j’ai droit au même profil de journée aujourd’hui sauf que ça durera jusqu’à ce que je m’arrête de marcher.

Après 5 miles, j’ai quand même droit à une dernière vue sur le Grand Canyon depuis une nouvelle tour d’observation des feux de forêt. Je grimpe la centaine de marches jusqu’au sommet et aperçois donc le Grand Canyon d’un côté et l’immense forêt de conifères de l’autre qui sera mon terrain de jeu ces prochains kilomètres. Il s’agit de la plus grande forêt de pins Ponderosa au monde apparement et je vais y marcher un long moment à travers. Le genre de journée idéale pour mettre les écouteurs sur les oreilles et avancer mécaniquement. J’avais mis plusieurs jours sur le PCT avant d’écouter de la musique tout en marchant mais depuis c’est devenu un rituel quand les journées s’annoncent monotones comme celle-ci. J’aime mettre le cerveau en mode off, me concentrer sur la musique ou les podcasts et avancer sans m’en rendre compte. Le dénivelé étant quasiment inexistant aujourd’hui, les miles s’enchaînent d’autant plus vite.

Toujours à plus de 2000m d’altitude, le vent rafraîchit toujours l’air depuis plusieurs jours. Pas très agréable le matin quand il faut se mettre en route mais je ne le regrette pas plus tard dans la journée d’autant que l’eau n’est pas en abondance encore dans le coin, marcher en pleine chaleur peut vite devenir contraignant. J’en trouve heureusement sur une sorte de lac et grâce à 1-2 gallons déposés par des trails angels que je ne remercierai jamais assez.

En fin de journée, alors que je commence à tirer la langue, le chemin rejoint une route de terre au milieu d’un troupeau de vaches. Un taureau serait aussi dans le coin apparemment, je presse le pas pour sortir de cet endroit ! J’avance quelques minutes avant de trouver un endroit au bord de la route, pas vraiment le sol adéquat pour camper mais le soleil ne va pas tarder à se coucher je préfère ne pas prendre de risque.

 

Jour 8 – Mercredi 2 octobre : Mile 146 – mile 169,5

23,5 miles (37,8 km). Total : 272,6 km

Déjà une semaine que je suis parti et toutes les nuits ont été fraîches depuis mais la dernière a même vu le thermomètre descendre sous les 0 degrés, pour preuve l’eau partiellement gelée dans mes bouteilles ! Pas de départ aux aurores du coup et j’attends tranquillement dans mon sac de couchage que le soleil vienne me réchauffer.

La première journée au-delà des 30 miles hier a laissé des traces et j’ai les orteils et le genou droit un peu douloureux. Mais le corps est une formidable machine et cela ne m’empêche pas d’enfiler les chaussures et de reprendre le sentier. Sans vent et quasiment uniquement sur une piste forestière où les coins d’ombre se font rares, cette journée ne restera pas dans les mémoires – à part pour ce Trail Angel qui m’offrira un sachet de bonbons Haribo ! – même si elle comptera au final comme toutes les autres dans cette épopée de l’Utah au Mexique.

La motivation n’est pas évidente à trouver sur ce genre de journée mais la perspective d’arriver à Flagstaff vendredi me réconforte, tout comme les 8 brasseries qui m’attendent dans cette ville ! En attendant, j’empile les miles dans un décor qui n’est pas sans me rappeler le jeu Red Dead Redemption, même les vaches et les chevaux sont de la partie. Le chemin s’élève un peu en fin de journée et je m’approche des sommets environnants qui laissent entrevoir des prochains jours meilleurs.

 

Jour 9 – Jeudi 3 octobre : Mile 169,5 – mile 195,2 (et 2 miles sur le Flagstaff Urban Trail)

27,7 miles (44,6 km). Total : 317,2 km

Après deux journées plutôt ternes, je quitte enfin la piste forestière pour retrouver la forêt et un vrai sentier de randonnée. La forêt de conifères n’offre pas non plus de vues époustouflantes – même si quelques sommets se dessinent au loin – mais il est tellement agréable d’évoluer sur ce genre de sentier que je ne verrai pas les miles défiler aujourd’hui. Le but étant de se rapprocher le plus possible de la ville de Flagstaff où j’ai prévu d’arriver demain.

Malgré quelques douleurs par-ci par-là, les jambes commencent à être bien faites après 9 jours intensifs et je vais même pouvoir parcourir plus d’un marathon aujourd’hui – mais j’ai aussi hâte de me reposer demain ! A 17h, j’arrive à la jonction avec le chemin alternatif Flagstaff Urban Trail qui est plus court de 13 miles que le tracé « officiel » mais qui a surtout l’avantage de passer directement par la ville de Flagstaff contrairement au tracé officiel (fait pour les chevaux) qui contourne la ville et m’aurait obligé à faire du stop pour la rejoindre. En forêt, le chemin n’offre guère de possibilités de camper et je trouve un endroit plus ou moins plat juste à côté du chemin à 18h alors que le soleil se couche. Il ne me reste plus que 9 miles demain matin avant les bières, les burgers et la douche que j’attends avec impatience tant la poussière du chemin est salissante !

 

Jour 10 – Vendredi 4 octobre : Flagstaff Urban Trail

9 miles (14,5 km). Total : 331,7 km

Après 4 jours en pleine nature sans croiser beaucoup de monde – j’ai vu le 5e thru hiker il y a deux jours – aujourd’hui marque l’arrivée dans une ville. C’est toujours un moment particulier et très attendu. Je sais qu’aujourd’hui je n’aurai pas à manger une énième tortilla au thon ni même à dormir dans un état crade dans ma tente ! Avec la poussière et le sable du chemin, j’ai atteint un niveau de « hiker trash » rarement égalé et j’attends la douche avec une impatience non dissimulée. Il reste quand même 3 heures de marche avant de regoûter à ces petits plaisirs.

Une partie du Flagstaff Urban Trail est fermée à cause d’un risque de feu et je m’y perds un peu, ce qui ne m’empêche pas de voir plusieurs daims gambader devant moi. Je rejoins finalement la route bitumée qui mène jusqu’au centre de Flagstaff où j’arrive en milieu de matinée, parfait pour un petit-déjeuner dans un restaurant mexicain que j’avais noté. Place ensuite au check-in à l’auberge de jeunesse suivi de la tant attendue douche et du traditionnel passage à la machine à laver pour les habits qui en avaient tout autant besoin que moi !

Sur la Route 66, Flagstaff a un certain charme, à quelques kilomètres du Grand Canyon qui plus est. Mais c’est à un tourisme brassicole que je vais m’adonner personnellement. Bien avant de m’envoler pour l’Arizona, j’avais repéré que Flagstaff possédait pas moins de 8 brasseries ! L’occasion d’aller en visiter quelques unes, pour la plupart à moins de 10 minutes à pied de l’auberge de jeunesse où je reste et toutes conseillées par un membre du staff de l’auberge avec qui j’échange dans un français parfait. C’est aussi l’occasion de faire le plein de calories à coup de burger, frites et pizzas car je suis clairement en déficit calorique sur le chemin. Je n’ai pas un appétit d’ogre alors que je me dépense énormément, il ne faudrait pas que je le paye prochainement. Une fois en ville, c’est aussi l’occasion de se coucher plus tard que d’habitude (19-20h en général) et surtout, après 10 jours, je peux enfin dormir au chaud et dans un lit !

 

Jour 11 – Samedi 5 octobre : 4 miles sur le Flagstaff Urban Trail + mile 223,6 – mile 229,1

9,4 miles (15,1 km). Total : 346,8 km

Après 10 jours de marche non stop, j’avais envisagé de prendre un premier jour de repos complet à Flagstaff, mais si l’arrivée dans une ville est toujours un moment que j’apprécie, je sais aussi que j’ai du mal à résister aux « vices » qu’elles contiennent et c’est pourquoi j’aime aussi ne pas trop m’y attarder pour le bien de mon compte en banque ! Du coup, après une matinée de repos tranquille, je reprends le chemin en tout début d’après-midi, en étant arrivé tôt hier matin, j’aurai eu au final plus de 24h de repos non négligeables alors que le corps commence à montrer quelques signes de fatigue.

Flagstaff a l’avantage d’être idéalement situé au pied des montagnes si bien qu’en quelques minutes à peine, je quitte l’agitation urbaine pour retrouver la quiétude de la forêt. Bien que douloureuses par moment, mes jambes trépignaient presque déjà d’impatience et je retrouve rapidement mes marques sur l’AZT. Je croise encore des élans qui me confortent dans mon choix d’être retourné « into the wild » plutôt que d’avoir répondu aux sirènes de la ville. La petite ville de Mormon Lake devrait de toute façon constituer une courte étape demain avant l’arrivée à Pine d’ici la fin de la semaine. Au-delà des 800 miles totaux à parcourir, il vaut mieux penser en petites étapes de 4-5 jours afin de se fixer régulièrement des objectifs et ne pas être démoralisé devant les nombreux miles qui m’attendent encore jusqu’au Mexique.

Jour 12 – Dimanche 6 octobre : Mile 229,1 – mile 255

25,9 miles (41,7 km). Total : 388,5 km

Au réveil, l’extrême silence des lieux n’est brisé que par les coups de fusil des chasseurs … Cela ne m’empêchera heureusement pas de voir de nouveau plusieurs élans et daims en plus des traditionnels vaches et même un renard (ou un coyote peut-être).

A défaut des paysages, je me contenterai encore de la faune locale. Je commence un peu à me lasser de ces interminables forêts de conifères mais le décor devrait bientôt changer avec les Mazatzal puis les Superstition Mountains avant le désert de Sonora.
Je décide finalement de ne pas faire le mile sur route de terre qui mène à la petite « ville » de Mormon Lake. C’est dimanche et je ne suis déjà pas sûr des horaires d’ouverture et surtout un jour à peine après avoir quitté Flagstaff, je ne ressens pas encore le besoin d’un vrai repas ni d’une bière ou d’un soda. Ça me permettra aussi de vraiment profiter de mon arrivée à Pine au moins !

 

Jour 13 – Lundi 7 octobre : Mile 255 – mile 265,8

10,8 miles (17,4 km). Total : 405,9 km

Entre la relative chaleur des journées et l’extrême fraîcheur des nuits, ce qui devait arriver arriva et je me réveille au milieu de la nuit transi de froid et avec un mal de gorge. Le réveil se fait beaucoup plus tard que d’habitude et je change finalement d’avis en décidant de faire le mile qui mène à Mormon Lake pour me requinquer avec un café chaud et du jus d’orange, je n’ai pas de forces et manque aussi certainement de vitamine C depuis le début.

Mormon Lake Lodge est juste un grand camping avec un restaurant, un saloon et un petit magasin. J’y trouve des pastilles pour la gorge ainsi que des petits sachets à diluer dans l’eau, bourrés de vitamine B et C et d’électrolytes.


A 9h30, je suis de retour sur le chemin, pas en grande forme mais la première heure ne se passe pas trop mal avant de subir de plus en plus. J’ai du mal à marcher plus d’une heure sans m’arrêter et quand je le fais, je frissonne à l’ombre cherchant à tout prix le soleil pour me réchauffer. Je me traîne et oublie bien vite l’idée de faire 25 miles comme je l’avais prévu ! Dans cet état, je veux juste aller le plus loin possible sans trop souffrir, et après une petite sieste au soleil entre midi et deux, je m’arrête à bout de forces à 16h en plantant ma tente en plein soleil pour en profiter au maximum avant que la fraîcheur de la nuit ne refasse son apparition. J’espère vraiment aller mieux demain car Pine est encore à 62 miles et il n’y a aucune alternative jusque là.

 

Jour 14 – Mardi 8 octobre : Mile 265,8 – mile 284,4

18,6 miles (29,9 km). Total : 435,8 km

Ce n’est pas la grande forme au réveil mais je n’ai pas eu froid de la nuit c’est toujours ça. Pour la première fois néanmoins, je pars avec le pantalon (et toujours la polaire) mais vais heureusement le quitter après une heure de marche le temps de me réchauffer. La matinée ne se passe pas trop mal avant d’avoir un coup de barre vers midi. Je m’arrête au bord du chemin pour y faire une petite sieste comme hier mais plus la journée avance, moins je prends de plaisir à marcher. Le poids du sac à dos me tire dans le cou et je m’arrête très régulièrement pour récupérer. Les paysages ne sont de plus pas à la hauteur, j’ai l’impression d’être uniquement en forêt et de marcher sur une route de terre depuis une semaine.

Je m’accroche néanmoins et m’arrête près d’une mare d’eau que je ne pensais pas être capable d’atteindre aujourd’hui. Ça ne c’est pas fait sans mal puisque je finis la journée complètement épuisé, j’ai hâte de récupérer à 100% car ces deux derniers jours ont été un calvaire.

 

Jour 15 – Mercredi 9 octobre : Mile 284,4 – mile 309,3

24,9 miles (40,1 km). Total : 475,9 km

Le léger mal de tête qui m’accompagne au réveil s’évapore heureusement rapidement et sans avoir encore récupéré toutes mes forces, je sens que ça va déjà beaucoup mieux. Ce retour en forme s’accompagne également d’un peu de variété dans le décor. Si je reste toujours dans l’immense Coconino National Forest, j’y quitte enfin ses routes de terre pour retrouver un vrai sentier de randonnée tout au long de la journée.

Très plat depuis le Grand Canyon – ce qui ne déplaît pas forcément à mes jambes ! – le chemin va aussi offrir enfin un peu de dénivelé. Mais ce changement dans le paysage sera surtout flagrant en milieu d’après-midi quand je croise ma première rivière ! La première eau qui coule que je croise en 300 miles quand même ce n’est pas anodin. L’eau y est de plus très claire, ça change des mares plus ou moins boueuses, dans lesquelles s’abreuvaient surtout les vaches, que j’avais croisé jusqu’à présent. J’ai même le luxe de pouvoir camper près de la East Verde River et de redonner une seconde vie – et une nouvelle couleur de peau – à mes pieds et jambes !
J’avais prévu d’arriver à Pine vendredi mais j’ai finalement bien avancé aujourd’hui donc si mon coup de froid me laisse définitivement tranquille, je peux envisager sereinement y arriver demain.

 

Jour 16 – Jeudi 10 octobre : Mile 309,3 – Pine (mile 327,5)

18,2 miles (29,3km). Total : 505,2 km

J’avais déjà eu un aperçu du changement de décor qui s’opérait hier et il atteindra un autre niveau encore aujourd’hui. J’en ai définitivement fini avec le terrain tout plat uniquement en forêt, place désormais à un paysage typique de l’ouest américain et de l’Arizona tel que je me l’imaginais avec cette roche rouge far west omniprésente. S’il y avait un peu de dénivelé hier, aujourd’hui je vais en avoir pour mon compte ! Le chemin se plaît à monter et descendre sans cesse sur des rochers plus ou moins stables par moment qui me vaudront même une belle chute. Physiquement, c’est le genre de journée plus difficile que quand je fais 28-30 miles mais la vue vaut au moins le détour en contrepartie.

J’ai essayé de partir assez tôt ce matin pour arriver à Pine aux alentours de 13-14h et je n’ai que cet objectif en tête toute la matinée. Je n’avais pas encore prévu où dormir ce soir et lorsque je regarde si j’ai du réseau lors d’une pause, je reçois un sms de Jeff avec qui j’avais commencé mais qui avait dû prendre plusieurs jours de repos avant le Grand Canyon et qui avait fini par zapper cette section et se retrouvait juste devant moi désormais. Il m’indique qu’il reste chez une Trail Angel à Pine et que je suis le bienvenu également. Double motivation pour arriver le plus tôt possible, je m’inquiétais de savoir quand est-ce que je pourrais prendre une douche et le problème vient d’être réglé !

Peu après 14h, et après avoir marché au pas de course la dernière heure quand le chemin était tout en légère descente enfin, j’atteins la jonction qui mène à Pine. Je fais le demi-mile qui me sépare de la … THAT Brewery évidemment ! Brasserie que j’avais repéré depuis plusieurs mois pour une bonne raison, ils brassent une bière nommée Arizona Trail Ale, et 5% sur chaque achat de cette bière reviennent à l’association qui s’occupe de maintenir et promouvoir l’Arizona Trail donc quand je peux joindre l’utile à l’agréable !

J’y déguste également un excellent burger – et une seconde bière soyons fou – mais vais surtout y vivre un instant Trail magic comme je n’en ai vu qu’aux États-Unis jusqu’à présent. Pour je ne sais quelle raison, ma carte bleue ne fonctionne pas (alors que je l’utilise sans problème depuis 3 semaines) et après trois tentatives infructueuses, une serveuse vient me voir en me disant que ce n’est pas grave et qu’elle payera pour moi. Une note à 30$ quand même, je suis tellement confus et extrêmement touché par tant de générosité.

Jeff vient ensuite me chercher en voiture avec Kate, la trail angel qui nous reçoit chez elle, pour pas un centime évidemment non plus. La douche est encore une fois un moment magique. C’est fou comme la seule odeur d’un gel douche à la noix de coco peut rendre heureux quand ça fait 6 jours que vous sentez uniquement votre propre odeur de crasse …
Encerclée par les montagnes et au milieu des bois dans la paisible petite ville de Pine, Kate a développé une relation particulière avec les élans qu’elle nourrit depuis quelques années à une période où la sécheresse les menace. De l’intérieur de la maison, ils sont à 2-3 mètres de nous seulement, majestueux.
Pine avait déjà la réputation d’être une ville très « hiker friendly » comme ils disent ici et ça aura même été au-delà de mes espérances. De quoi repartir sur le chemin demain galvanisé à bloc.

 

 

Jour 17 – Vendredi 11 octobre : Pine (mile 327,5) – mile 338,2

10,7 miles (17,2 km). Total : 522,4 km

En plus de la douche, une nuit dans un vrai lit est un autre luxe non négligeable du randonneur ! Même si je suis calé sur les heures de lever et coucher du soleil depuis plusieurs jours et que je ne profite pas vraiment d’une grasse matinée, le confort du matelas permet quand même de bénéficier d’une nuit récupératrice.
Comme à Flagstaff, je prends la matinée à la cool avec un petit-déjeuner roboratif avant d’aller faire les traditionnels achats pour la prochaine section et de « chiller » une bonne heure en appelant les amis en France.

Peu après midi, je reprends ma routine quotidienne en rejoignant le chemin pour quitter la charmante ville de Pine, mon métro-boulot-dodo à moi consiste à empiler les kilomètres à pied dans un décor nouveau chaque jour. Je ne m’en plains pas – au contraire comme toujours du poids démentiel du sac à dos chaque fois que je quitte une ville – et suis heureux de me lever le matin au moins, ce qui n’est pas toujours arrivé ces dernières années.

 

Jour 18 – Samedi 12 octobre : Mile 338,2 – mile 360,2 

22 miles (35,4 km). Total : 557,8 km

Après un début de parcours plutôt tranquille et du coup idéal pour se mettre en jambes, je suis entré dans le vif du sujet de cet Arizona Trail ces 2-3 derniers jours avec un dénivelé bien plus important et la journée d’aujourd’hui ne dérogera pas à la règle avec un profil simple : 12 miles de descente quasi continue et 10 miles de montée derrière. J’entre peu après le début de journée dans les Mazatzal Mountains (qui ne se prononcent pas du tout comme ça s’écrit !) à la roche volcanique omniprésente. La longue bande de sable continue me manque par moment tant il peut être piégeux par endroit d’aller de rocher en rocher.

En fin de matinée, je marche une petite heure avec un père et son fils qui participe au « AZT in a day » – plusieurs personnes choisissent de marcher quelques miles sur une section définie afin qu’à la fin de la journée le Trail ait été complété en entier – et que je rejoins alors qu’ils ne retrouvent plus le chemin avec les cartes. Ce que je fais avec l’application téléphone, vive la technologie !

A midi, j’arrive à la East Verde River, petit coin bucolique pour la pause repas avant d’attaquer les choses sérieuses avec la remontée. La chaleur est intense et le tee-shirt est vite détrempé. Je rejoins dans la montée Bill et Jim, deux américains qui ne sont que les 6 et 7e randonneurs qui vont au Mexique que je croise ! J’ai passé plus d’une journée sans voir quelqu’un depuis le début, c’est aussi pour cette expérience un peu plus solitaire que j’ai choisi l’AZT.

L’ambiance aride et désertique de l’Arizona contraste néanmoins avec ces montagnes feuillues tout autour. Malgré le manque de pluie, quelques buissons résistent. J’atteins les points d’eau que je m’étais fixé pour faire le plein en fin de journée mais difficile de trouver un endroit où camper. Je me fais presque surprendre par la tombée de la nuit – et par un serpent à sonnette que j’ai juste entendu et pas vu, à côté de moi !- avant de trouver un emplacement un peu à l’arrache mais sinon je finissais à la frontale.

 

 

Jour 19 – Dimanche 13 octobre : Mile 360,2 – mile 382,2

22 miles (35,4 km). Total : 593,2 km

Il m’aurait fallu partir une demi-heure plus tôt hier matin afin de moins stresser à trouver un campement le soir, mais ce matin, rebelote, impossible de sortir de la tente à l’heure où le réveil sonne (5h30) et je gratte quelques minutes de sommeil ou plutôt quelques minutes au chaud en plus ! Je m’active et me met en marche juste avant 7h, les doigts frigorifiés mais comme depuis bientôt 3 semaines, il n’y a toujours pas un nuage à l’horizon et le soleil va heureusement vite me réchauffer. Une chance qu’il ne pleuve pas d’ailleurs ce matin car déjà que je n’ai pas une envie folle de marcher … Il y a des jours comme ça où il faut aller chercher la motivation très loin pour avancer.

Ce matin, le chemin m’énerve avec cette multitude de cailloux casse-gueule et ces buissons qui me lacèrent les bras et les jambes. L’environnement est heureusement superbe et c’est ce qui me fera tenir jusqu’à midi où la pause repas me permet de repartir du bon pied. Malgré les nombreux ups and downs épuisants, je savoure ces superbes décors et profitent des derniers kilomètres dans les Mazatzal.

Je ne me fais pas piéger comme hier et trouve un coin très agréable à côté des cactus avec un coucher de soleil à la hauteur également, la journée termine mieux qu’elle n’a commencé !

 

Jour 20 – Lundi 14 octobre : Mile 382,2 – mile 408,1

25,9 miles (41,7 km). Total : 634,9 km

A force de me rapprocher du Mexique un peu chaque jour, peu après midi aujourd’hui, j’atteins la marque symbolique de la moitié du parcours, chaque pas m’éloigne un peu plus désormais de l’Utah. En 20 jours, pile dans les temps pour finir en 40 jours le 3 novembre (si les blessures ne s’en mêlent pas) comme « prévu » quelques jours avant de partir selon un planning établi approximativement étape par étape – même si j’espère secrètement pouvoir finir le 2 novembre.

Dans l’après-midi, j’écouterai un podcast avec une interview de Jeffrey Garmire, l’américain qui a établi le record de l’AZT au printemps dernier en à peine plus de 15 jours à raison de 2 marathons par jour et 4h de sommeil par nuit, un autre monde ! Mais en 40 ou en 15 jours, la devise reste la même « Hike your own hike ».

Sorti des Mazatzal dans la matinée, les paysages n’en restent pas moins superbes avec les cactus de plus en plus présents, un autre signe que je me rapproche du sud.

 

 

Jour 21 – Mardi 15 octobre : Mile 408,1 – mile 431,1

23 miles (37 km). Total : 671,9 km

Le début de journée donne le ton dès les premiers pas. 500 mètres de dénivelé physiques pour se mettre d’entrée dans le bain avant de rejoindre une route de graviers loin d’être plate, il était dit que cette journée ne serait pas de tout repos. Après 4 miles, je rejoins Jeff qui était parti quelques heures avant moi de Pine vendredi et on fera la journée ensemble, mine de rien depuis le deuxième jour j’ai quasiment marché seul tout le temps.

Bien que très éprouvante, la journée d’aujourd’hui offrira heureusement quelques superbes points de vue. D’abord sur les Four Peaks, ces 4 sommets emblématiques de l’Arizona qui sont sur les plaques d’immatriculation des voitures et qui étaient si loin hier alors qu’on va aujourd’hui y passer tout près. La vue sur le Roosevelt Lake ensuite (où il y a un petit magasin où je devrais arriver demain matin) avec ces sommets « volcaniques » autour vaut aussi le coup d’œil. Je dois avouer que ce n’est clairement pas le type de paysages que je m’attendais à voir en Arizona et je suis agréablement surpris.

Cette vue nous accompagnera tout l’après-midi sur une section aussi magnifique que difficile à flanc de falaise pendant 10 miles sur un chemin plus ou moins bien entretenu qui se plaît à monter et descendre sans cesse. J’aurai aimé aller un peu plus loin mais c’était tout simplement impossible avec ce genre de chemin et on s’arrête exténués dès qu’on trouve un endroit à peu près plat. Je ne suis qu’à 12 miles de Roosevelt Lake où j’espère pouvoir acheter suffisamment de nourriture pour tenir jusqu’à la prochaine ville de Kearny dans 80 miles.

 

Jour 22 – Mercredi 16 octobre : Mile 431,1 – mile 451

19,9 miles (32 km). Total : 703,9 km

Welcome to the Far West ! Je vais passer une journée dans des décors typiques de l’ouest américain tels qu’on les voit dans les films ou les BD par exemple. Après 5 km où je perds un peu d’altitude et laisse les Four Peaks Wilderness derrière moi, les fameux cactus Saguaros que j’attendais impatiemment font enfin leur apparition. Mythiques, ils participent vraiment à l’image d’Épinal que l’on se fait de l’Arizona. Certains atteignent aisément les 4-5 mètres de hauteur et je prends un réel plaisir à marcher dans un tel décor, j’ai l’impression d’être dans un western ou une BD de Blueberry ou Lucky Luke pour ne citer qu’eux.

Avec toujours ces impressionnantes montagnes de tous les côtés et le Roosevelt Lake qui se rapproche un peu plus, j’ai un florilège de la diversité des paysages qu’offre l’Arizona en un seul coup d’œil. Une ultime descente bien raide me fait atteindre le pont qui enjambe le Roosevelt Lake et alors que je marche face aux voitures, une s’arrête et une femme me demande si je suis bien Rémi, le thru hiker de l’AZT, et si je veux un muffin ! Instant trail magic incroyable de ce jeune couple de trentenaires, qui venait de croiser Jeff qui était devant moi, qui vient de finir le Continental Divide Trail (spoiler, j’en parlerai dans quelques jours à la fin de l’Arizona Trail) et qui est très au fait du coup des envies des randonneurs au long cours !

A 11h, on arrive au Roosevelt Lake Marina, qui comprend un petit magasin et un bar et qui a la réputation de ne pas être très « hiker friendly » ce que l’on n’expérimente pas du tout tant les gens ont encore été très attentionnés. Tout proche du Trail (un quart de mile) la marina a en tout cas l’avantage de posséder tout ce dont j’ai besoin – exceptée une douche … – : du Dr Pepper, des frites, de la tarte aux pommes avec une glace vanille à tomber et une bière évidemment. Le ravitaillement pour les 3-4 prochains jours est en revanche un peu particulier vu que le petit magasin n’est pas très bien achalandé mais je survivrai à manger des chips, des barres céréales et des bonbons jusqu’à Kearny dans 80 miles !

Après une halte bienvenue à Roosevelt Lake, je repars sur le chemin à 14h en solo, Jeff ayant décidé d’aller dans la ville de Tonto Basin à 13 miles de là. La perspective d’une douche et d’une nuit dans un lit était tentante mais je suis plutôt en forme et préfère continuer de marcher. Descendu sous les 700m d’altitude à Roosevelt Lake, je vais peu à peu remonter, sous la chaleur accablante de la plus chaude journée depuis que j’ai attaqué il y a 3 semaines pile.

J’entre rapidement dans les Superstition Mountains où le Trail va me rappeler les heures les plus sombres de certains moments passés sur le Te Araroa en Nouvelle-Zélande ! Une crue a récemment dévasté le chemin qui n’existe tout simplement plus par endroit et il faut juste marcher dans le lit de la Cottonwood Creek (à sec à cette période de l’année) au milieu des rochers et des nombreux arbres tombés. Loin d’être une sinécure mais ça ne dure heureusement pas aussi longtemps qu’en Nouvelle-Zélande et je retrouve vite le chemin qui monte sur des pentes ahurissantes par moment mais je suis récompensé par une superbe vue à l’endroit où je plante ma tente sous les 1400m. Encore une journée bien éprouvante mais dans un décor de rêve. Keep going.

 

 

Jour 23 – Jeudi 17 octobre : Mile 451 – mile 476,2

25,2 miles (40,5 km). Total : 744,4 km

Le rituel au réveil est immuable, pliage du sac de couchage et du matelas, rangement des affaires dans le sac à dos que je refais machinalement en quelques secondes chaque matin, je mange 2 Pop-Tarts (petit-déjeuner sur le pouce) et me met en route en général dans la demi-heure suivant mon réveil. C’est une fois sur le chemin que la routine est cassée car même si je ne fais que marcher, chaque jour est différent et ce matin j’ai encore la chance de profiter d’un superbe lever de soleil et d’un décor vertigineux toute la matinée. Qu’importe les difficultés physiques du moment que j’en prends plein les yeux.

Ça sera malheureusement un peu moins le cas dans l’après-midi après une pause repas au bord d’un ruisseau salvateur pour faire le plein d’eau jusqu’à demain. Un feu a ravagé la zone en juin dernier et j’évolue dans un paysage de desolation où le chemin n’est de plus parfois pas évident à trouver. Un peu avant 17h, j’atteins un sommet à un peu plus de 1600m d’altitude avec une vue encore à couper le souffle et j’aurai aimé camper ici pour un coucher de soleil sympa mais je ne trouve rien de plat et décide finalement à contrecœur de continuer une bonne heure alors que je pensais enfin pouvoir m’arrêter tôt !

Le chemin perd plus de 600m d’altitude et après avoir trottiné sur certaines portions, j’atteins l’emplacement visé juste avant 18h, encore exténué, vivement l’arrivée à Kearny dimanche où je devrais pouvoir un peu me reposer.

 

 

Jour 24 – Vendredi 18 octobre : Mile 476,2 – mile 499,2

23 miles (37 km). Total : 781,4 km

Encore raté ! Toute la matinée, je marche dans une zone infestée de serpents à sonnette d’après certains commentaires mais je n’en verrai pas l’ombre d’un seul. Je reste néanmoins attentif mais à vrai dire, je suis plus inquiet par les coups de fusil des 2-3 chasseurs autour de moi que par l’éventuelle présence d’un serpent à sonnette …

Côté faune, pas de rattlesnake du coup mais côté flore, c’est le grand retour des cactus Saguaros qui avaient disparu hier à mon grand désarroi. Ils ajoutent aujourd’hui un charme particulier aux décors déjà majestueux. Je suis littéralement entouré de montagnes à 360 degrés avec la Picketpost Mountain comme principal roc imposant que je vais côtoyer toute la journée. C’est dans ce paysage de western que je suis absolument seul avant de croiser un sympathique randonneur à la journée qui me fredonnera même … « Sur le pont d’Avignon » quand je lui dis d’où je viens ! Rencontre improbable dans le Far West.

Après une pause repas à l’ombre du tunnel qui passe sous la highway 60 – chaleur intense aujourd’hui encore, je boirai plus de 6 litres d’eau – je me rapproche de la Picketpost Mountain que je vais contourner. Un chemin mène au sommet et j’aurai vraiment aimé y aller, une autre fois peut-être. Bien que très arides, je ne me lasse pas de ces paysages de l’Arizona que je ne soupçonnais pas. Les indiens avaient vraiment un terrain de jeu et de chasse magnifique, triste fin …

 

Jour 25 – Samedi 19 octobre : Mile 499,2 – mile 522,4

23,2 miles (37,3 km). Total : 818,7 km

Que calor ! N’en déplaise à ce bon vieux cher Donald Trump, je me rapproche du Mexique et il va falloir que je me remette à parler un peu espagnol peut-être prochainement ! A peine le soleil a-t-il franchi le dernier rocher qui me maintenait à l’ombre et au frais que la chaleur fait son apparition, il est à peine 8h du matin… J’évolue ce matin dans un magnifique Canyon qui poursuit la série des paysages impressionnants que j’ai depuis quelques jours. Le chemin se fraie un passage à travers ces immenses à-pic rocheux et c’est un privilège de pouvoir y passer au milieu.

Une longue descente m’amène tout proche de la Gila River, point le plus bas de l’AZT à à peine 500m. Même si l’eau y est un peu boueuse, c’est une halte obligatoire pour y remplir les bouteilles à sec. Sur ce Trail en général et sur cette section en particulier où la chaleur est extrême, je me rends vraiment compte quel luxe on a d’avoir accès à l’eau aussi facilement dans la vie de tous les jours. J’en ai pris encore plus conscience depuis le PCT mais c’est loin d’être un cliché que de dire que l’eau c’est la vie (comme le bacon mais ça c’est un autre débat !).

J’ai de nouveau accès à la Gila River une heure plus tard où j’y fais une pause à l’ombre pour échapper à ce soleil intense. Mes jambes auront du mal à me porter cet après-midi, le repos à Kearny demain ne fera pas de mal et ça tombe bien, j’y campe à 3,5 miles seulement, de quoi pouvoir y arriver tôt demain matin, je me vois déjà déguster les bonnes pâtisseries du rayon boulangerie du supermarché qui vaut le détour apparemment !

 

 

Jour 26 – Dimanche 20 octobre : Mile 522,4 – mile 525,8

3,4 miles (5,5 km). Total : 824,2 km

Je suis étonné de la fraîcheur au réveil alors que je suis bien redescendu en altitude pourtant. Ça me forcera à accélérer le pas dès le début de journée et je ne sens du coup pas du tout passer la petite montée des premiers mètres. Le chemin redescend ensuite tranquillement vers la route qui mène à Kearny, j’en profite pour passer un coup de fil à mes parents pendant que je marche et me retrouve sur la route à 8h.

Kearny est à 6 miles de là, j’espère trouver une voiture rapidement mais tôt un dimanche matin, il n’y a pas foule et après avoir vu juste une voiture en un quart d’heure, je fais à pied le mile qui mène à une intersection avec une route que j’espère plus fréquentée. J’ai plus de chance et un local me dépose rapidement dans la toute petite ville de Kearny, réputée pour être la plus accueillante de l’AZT et je ne peux que le confirmer ! De la personne qui m’a pris en stop à la caissière du supermarché en passant par la barmaid, la propriétaire de la pizzeria – lieu incontournable du coin – à ce monsieur qui voulait juste me rencontrer pour échanger avec moi à propos du chemin, j’ai rarement vu autant de gentillesse et de générosité en si peu de temps. Et dire qu’on continue en France à avoir une mauvaise image des américains…

Kearny est aussi l’occasion de faire le plein de calories et de recharger les batteries en y restant au repos toute la journée. Parfait aussi pour voir enfin du foot américain avec les Eagles qui jouent en prime-time même si j’aurai mieux fait de marcher vu le score ! Dernier gros point positif de Kearny, j’y campe pour 5$ et y prends une douche tant attendue ! Un arrêt plus que bénéfique donc dans la « friendliest town on the AZT ».

 

 

Jour 27 – Lundi 21 octobre : Mile 525,8 – mile 542

16,2 miles (26,1 km). Total : 850,3 km

Avant de repartir sur le chemin, les habitants de Kearny me montrent encore toute leur gentillesse avec d’abord cette femme – qui connaît elle aussi « Sur le pont d’Avignon » et qui était récemment au mariage d’une amie à La Ciotat ! – qui me propose spontanément de me déposer sur le chemin (mais j’avais encore deux courses à faire et la propriétaire de la pizzeria s’était déjà proposée hier de me déposer !) et les employés du supermarché qui sont tout heureux de voir un français dans leur minuscule ville.

Les courses faites (j’avais été vraiment juste sur la dernière section du coup j’achète plus pour ne pas me faire avoir ce coup-ci même si ça m’obligera à souffrir les premières heures) et le ventre plein, Lorraine me ramène donc là où j’avais quitté le chemin hier et me remercie de m’être arrêté à Kearny.

Le retour sur le sentier ne se fait pas sans difficulté quand il s’agit de reprendre un peu d’altitude. La fraîcheur du matin a vite laissé la place à un franc soleil et avec aucune source d’eau « sûre » avant 30 miles, j’emporte 3 litres et demi d’eau qui alourdissent d’autant plus le sac. Je trouve les paysages encore plus arides ici et l’ombre se fait extrêmement rare, j’en viendrai presque à espérer une petite pluie ! La difficulté passée, le chemin se calme et j’atteins un plateau où je marche sur une route de terre la plupart du temps, de quoi souffler un peu et camper à 12 miles de l’endroit où des Trail Angels ont déposé de l’eau et à 41 de la ville d’Oracle le prochain arrêt.

 

Jour 28 – Mardi 22 octobre : Mile 542- mile 570

28 miles (45 km). Total: 895,3 km

En prévision de faire une grosse journée de marche aujourd’hui, j’avais mis le réveil une demi-heure plus tôt que d’habitude mais je n’en aurai même pas besoin vu que le vent qui souffle et fait bouger la toile de la tente me réveille très tôt et de frustration, je débute ma journée à la frontale à 5h30 ! Je ne suis pas un grand fan de marcher de nuit mais en l’occurrence le début de journée est plat sur une route de terre et ça me permet de marcher à la fraîche même si globalement la petite brise va bien m’aider toute la matinée à ne pas souffrir de la chaleur. Le paysage est plus monotone aujourd’hui, l’ombre est extrêmement rare à trouver pour s’arrêter, ça fait partie de ces journées un peu de transition entre deux villes où les kilomètres s’enchaînent sans que le décor ne change vraiment. Ce qui ne change pas non plus c’est le faible nombre de personnes croisées depuis le début !

Depuis que j’ai quitté Kearny hier à 10h, je n’ai tout simplement pas vu âme qui vive ! Me, myself and I, et des lézards, lapins, oiseaux, sauterelles et cactus, that’s it. Aujourd’hui sera même la troisième journée complète que je passerai absolument seul. Dans un pays qui compte des centaines de millions d’habitants c’est presque un privilège de pouvoir profiter d’espaces immenses pour soi.
Après 28 miles, le spot idéal pour camper se présente, à 13,5 miles seulement d’Oracle où je devrais arriver demain midi.

 

 

Jour 29-Mercredi 23 octobre : Mile 570-mile 583,4

13,4 miles (21,6 km). Total: 916,9 km

Au milieu de nulle part, sans bruit, sans vent, j’ai probablement passé une des meilleures nuits depuis le début, de quoi être en forme pour ces 13 miles pas si faciles jusqu’à Oracle. J’arrive à 11h30 à la jonction avec la route qui mène à Oracle et après quelques minutes d’attente le pouce levé, je décide finalement de marcher le long de la route, la ville n’est qu’à 2,5 miles après tout ! J’espère quand même qu’une voiture s’arrêtera car en plein soleil sur le bitume ce n’est pas vraiment agréable et la chance me sourit enfin quand j’arrive aux portes d’Oracle. Un local m’a déposé en deux minutes au Chalet Village Motel alors qu’il m’aurait fallu une bonne demi-heure a pied.

J’avais envisagé de passer seulement l’après-midi ici mais il fait encore très chaud et il y a une sacrée montée qui m’attend dans quelques miles mais surtout, le couple qui tient le motel s’occupe de maintenir des caches d’eau régulièrement sur la dernière section que je viens de faire, la moindre des choses pour les remercier et de passer une nuit dans leurs charmantes chambres triangulaires. C’est aussi l’occasion de prendre une douche – la 5ème seulement depuis le début et peut-être la dernière avant la fin ! – et de manger une tarte aux myrtilles avec boule de glace absolument délicieuse dans un café réputé pour avoir la « best pie on the AZT ». Une seconde nuit dans un lit, après Flagstaff, ne fera pas de mal non plus avant d’aborder les 200 derniers miles.

 

 

Jour 30- Jeudi 24 octobre: Mile 583,4-mile 601,5

18,1 miles (29,1 km). Total: 946 km

 

Habitué au matelas gonflable et au sac de couchage dans ma tente, je ne passerai pas une super nuit dans le pourtant confortable lit du charmant motel d’Oracle. Je n’irai pas jusqu’à dire que je préfère sentir le moindre caillou à travers le matelas dans mon mètre carré mais c’est frustrant de ne pas profiter pleinement du confort d’être en ville.
Je vais en revanche profiter de l’extrême gentillesse une nouvelle fois des locaux car Marney, la propriétaire du motel, avait proposé hier de me redéposer sur le Trail ce matin. Avec son mari Jim, ils se dévouent entièrement pour l’Arizona Trail et ils sont encore allés hier poser des gallons d’eau un peu partout pour les randonneurs qui arrivent.

A 8h30, je suis de retour sur le chemin qui va reprendre un peu d’altitude aujourd’hui. Je vais progressivement passer des 1300m d’Oracle à bien plus de 2000m. L’air s’est de plus enfin un peu rafraîchit pour ne pas suffoquer dans certains passages ardus. La vue se dégage rapidement au plus je monte et je termine la journée par un sympathique passage sur crête. Ce n’était finalement pas si terrible comme montée et ça fait même un peu de bien de retrouver du dénivelé et de regagner un peu d’altitude !

 

 

 

Jour 31-Vendredi 25 octobre : Mile 601,5-mile 617,6

16,1 miles (25,9 km). Total: 971,9 km

J’avais oublié qu’à plus de 2000m les nuits étaient aussi plus fraîches et avec le vent qui s’est levé sur le matin, c’est un vrai calvaire de sortir du sac de couchage ! Je plie mes affaires en quelques minutes et pars au plus vite pour me réchauffer. La montée dès les premiers mètres m’y aide un peu mais le vent refroidit bien l’atmosphère.
Après une grosse heure, j’arrive à la petite « station de ski » de Summerhaven à 2400m d’altitude. Je me réfugie aux … toilettes du visitor center pour me réchauffer. Des toilettes bien équipées avec prises pour charger le téléphone, fontaine d’eau pour remplir les bouteilles et … wifi gratuit, je comprends que certains randonneurs y passent la nuit ! J’y resterai une bonne heure et demie à attendre 10h, l’heure d’ouverture du magasin de la station où il parait que les fudges faits maison sont délicieux, ce que je peux confirmer !

Après ce début de journée tranquille, je repars à 10h30 avec de la descente principalement au programme aujourd’hui. Juste après Summerhaven, le chemin en forêt permet d’apprécier les parures automnales que prennent les arbres, magnifique. Il ne manque que la présence d’un ours pour parfaire le tableau mais aucun ne pointera le bout de ses griffes ! La longue descente au milieu des rochers n’est pas la plus facile qui soit et l’avancée pas des plus rapides mais le décor est au moins bien sympa.

A 16h30, alors que je viens de m’arrêter pour faire le plein d’eau, deux randonneurs qui vont dans l’autre sens arrivent et il s’agit de l’allemand Danny et de la néo-zélandaise Rachelle que j’avais longtemps croisé en Nouvelle-Zélande sur le Te Araroa ! J’étais resté en contact avec Danny qui était sur le Continental Divide Trail qu’il vient juste de finir (après avoir quand même enchaîné PCT et Te Araroa l’année dernière) Il m’avait dit qu’il allait marcher 2-3 semaines sur l’AZT dans l’autre sens et que Rachelle l’accompagnerait et je savais qu’il y avait de grandes chances qu’on se croise aujourd’hui, c’est chose faite des mois après s’être vus pour la dernière fois à l’autre bout du monde !
J’avais prévu de faire bien plus de miles aujourd’hui mais je profite de ces retrouvailles pour rester camper avec eux et parler notamment du Continental Divide Trail qui sera donc officiellement mon prochain objectif l’année prochaine !

 

 

Jour 32-Samedi 26 octobre : Mile 617,6-mile 642,5

24,9 miles (40,1 km). Total: 1012 km

Danny et Rachelle reprennent donc leur route vers le nord ce matin tandis que je vais continuer pour ma part de me rapprocher du Mexique. Je franchis au passage la barre symbolique des 1000 kilomètres, encore un peu moins de 300 pour toucher au but ! Ce ne seront assurément pas les plus faciles mais pas les plus moches non plus. Le canyon que je quitte dans la matinée offrait encore un bel aperçu de la diversité des paysages traversés dans ce seul état.

Après un mois sur le chemin, j’y prends toujours autant de plaisir même si à une semaine de la fin, mes pensées commencent forcément à être déjà tournées vers le prochain, addictif ! L’écoute de podcasts sur les longs trails n’arrange pas les choses mais je prends aussi peu à peu conscience que c’est devenu une part essentielle de ma vie ces derniers mois et je réfléchis aussi au moyen de ne pas juste en faire un hobby. Bref, tout ça me mène tranquillement aux 40 kilomètres marchés aujourd’hui même si j’aurais bien aimé continuer 2 miles de plus où il y a paraît-il un super endroit pour camper à l’entrée du Saguaro National Park mais à 17h30, il est déjà trop tard pour y arriver avant le coucher du soleil de toute façon. 1000m de dénivelé m’attendent en plus sur les 5 prochains miles, autant les faire les jambes un peu reposées !

 

 

Jour 33-Dimanche 27 octobre : Mile 642,5-mile 668,8

26,3 miles (42,3 km). Total: 1054,3 km

Le chemin ne fait donc pas de cadeau d’entrée de journée aujourd’hui. C’est 7 km et un peu plus de 1000m de dénivelé qui sont au programme pour commencer. Il me faudra 2 heures et demi de montée non stop pour en venir à bout, une des plus longues montées de tout l’AZT. J’entre au passage dans le Saguaro National Park mais il me faudra attendre un peu avant d’en voir car au sommet je suis dans une forêt de pins. Afin d’avoir une vue dégagée, je fais le petit détour jusqu’à Mica Mountain mais surtout jusqu’au Spud Rock qui offre une vue saisissante à 360 degrés. Je ne m’y attarde pas trop car à 2600m le vent y est glacial.
De retour sur le chemin, j’entame la très longue descente qui va me refaire passer sous les 1000m d’altitude, sacrés dénivelés positif et négatif aujourd’hui. Et les cactus Saguaros font au passage leur retour après plusieurs jours où ils se faisaient discrets. Ici, ils règnent en maître, pas étonnant qu’un parc national leur soit dédié ! Il y en a à perte de vue, le parc en compte plus d’un million et demi apparemment !
En quittant le parc national, le chemin redevient plat et quasiment uniquement sur sable sans les nombreux rochers qui m’ont accompagné durant toute la descente qui m’a pris du coup plus de temps que prévu.

A 16h30, je suis à 6,5 miles du prochain point d’eau ce qui veut dire que je vais devoir finir à la lampe frontale mais je n’ai pas trop le choix vu que je n’ai plus d’eau et pas question de camper à sec. Le soleil se couche petit à petit et à 18h, j’enfile la polaire et allume la frontale pour une bonne demi-heure de marche dans le noir alors que les premières étoiles apparaissent. Ça me permet de n’être qu’à 7 miles de la route qui mène à la petite ville de Vail où j’espère arriver le plus tôt possible pour me poser quelques heures, mes pieds m’ont bien faits sentir aujourd’hui qu’ils avaient hâte d’en terminer et j’espère que les 2-3 bobos ne m’handicaperont pas trop sur cette dernière semaine de marche.

 

 

Jour 34-Lundi 28 octobre : Mile 668,8-mile 687,1

18,3 miles (29,4 km). Total: 1083,7 km

Quoi de plus normal après avoir terminé à la frontale hier soir que de commencer à la frontale ce matin ? Ce n’était pas forcément prévu mais j’ai vraiment envie d’arriver tôt à Vail et surtout, je suis réveillé très tôt donc plutôt que de cogiter dans le sac de couchage, je mets les chaussures et pars à 5h30.
À 120 miles de la frontière mexicaine, j’attaque la dernière semaine de marche avec 20 miles par jour à faire si je veux arriver samedi. Les 7 miles jusqu’à la route qui mène à Vail se passent sans encombre et j’apprécie au passage un nouveau lever de soleil, un moment toujours plaisant.
À 8h, la route est peu fréquentée et plutôt que d’attendre inutilement le pouce levé, je commence à marcher le long de la route, au pire la petite ville de Vail est à un peu plus de 6 miles … Après une bonne demi-heure, la chance me sourit enfin avec un taxi qui s’arrête et me dépose gratuitement à Vail ! Je peux y faire mes courses tranquillement et prendre un petit-déjeuner puis un peu de cuisine mexicaine un peu plus tard et je quitte Vail un peu après midi. Retourner sur le chemin ne sera pas aussi facile et aucune voiture n’aura pitié d’un français qui marche en plein soleil sur le bitume, je ferai donc les 6 miles à pied …
Deux heures de perdues – c’est d’ailleurs le nom d’un excellent podcast que je vous recommande ! – et de l’énergie gaspillée inutilement mais l’après-midi sera heureusement meilleure. Bien délimité et tracé comme savent le faire les américains, et plat, le chemin sera un vrai bonheur à pratiquer même s’il faut rester attentif afin de ne pas marcher par mégarde sur un serpent à sonnette par exemple ! Car oui, j’en verrai enfin un ! J’ai failli ne pas le voir d’ailleurs car le bougre n’a pas « rattle » pour me prévenir et sa couleur se confondait avec les pierres et le sentier si bien que j’ai été surpris à 2 mètres de lui marcher dessus. Ce n’est clairement pas la journée la plus chaude que j’ai connu en plus donc je ne m’attendais pas à en voir un aujourd’hui. Comme quoi le chemin sera semé d’embûches jusqu’au bout !

Malgré le temps perdu pour aller et revenir de Vail, je fais les miles que j’avais prévu, heureusement d’ailleurs, car j’ai profité de mon passage en ville pour me mettre un peu de pression supplémentaire en achetant mon billet de bus pourPhœnix dimanche matin, donc je suis maintenant obligé de finir samedi !

 

 

 

Jour 35-Mardi 29 octobre : Mile 687,1-mile 712,9

25,8 miles (41,5 km). Total: 1125, 2 km

La journée d’aujourd’hui s’intègre parfaitement dans ma routine « marcher, manger, dormir ». Rien d’exceptionnel pour les yeux niveau paysages, ce qui ne veut pas dire que c’est moche non plus, les sommets environnants ajoutent toujours un certain charme, et je marche presque machinalement, un pas devant l’autre, laissant mon esprit aller à de nombreuses pensées, l’occasion de penser à de futurs projets notamment. Pas la journée la plus marquante donc mais je franchis tout de même la barre des 700 miles et je prends de plus en plus conscience que la fin approche.

 

 

Jour 36-Mercredi 30 octobre : Mile 712,9-mile 735,7

22,8 miles (36,7 km). Total: 1161,9 km

Je pensais avoir trouvé un super spot pour camper mais le nom de l’endroit où j’étais aurait dû me mettre la puce à l’oreille (Fish Canyon) Encaissé au fond d’un petit canyon, je n’ai jamais eu autant froid au réveil que ce matin ! Le ciel un peu voilé, aujourd’hui ne sera d’ailleurs pas la journée la plus chaude loin de là. Pas grave, les paysages restent encore à la hauteur et même si sur une distance aussi longue il est impossible d’en prendre plein les yeux tous les jours, mis à part quelques jours au début entre le Grand Canyon et Pine, j’ai globalement évolué dans de superbes décors tous les jours. Même avec une fin de journée uniquement sur route de terre, les environs sont superbes.

Je campe à quelques encablures (1,7 miles) de Patagonia, la dernière ville que je croiserai, où le but est d’y arriver vers 8h pour récupérer deux colis à la poste avant d’aller à la boulangerie qui a bonne réputation visiblement !

Le seul « point noir » est la fermeture éclair de la tente qui a rendu l’âme (alors que je l’avais déjà faite réparer avant de partir en Nouvelle-Zélande) Je n’ose imaginer si cela m’était arrivé sur le Te Araroa avec les sandflies qui auraient envahi la tente !

 

 

 

Jour 37-Jeudi 31 octobre : Mile 735,7-mile 755,7

20 miles (32,2 km). Total: 1194,1 km

La bonne nouvelle est que tarentules, scorpions ou autres serpents à sonnette n’ont pas cherché à se réfugier au chaud dans ma tente désormais ouverte aux 4 vents !
En une petite demi-heure, j’arrive à Patagonia, la dernière ville que je croiserai sur l’AZT. Je m’y étais envoyé un colis depuis Flagstaff avec quelques affaires que je n’utilisais pas et j’avais également fait envoyer une nouvelle paire de chaussures commandée récemment. Je tiens néanmoins à aller au bout avec la paire avec laquelle j’ai commencé, elles sont biens usées mais si près du but autant leur faire voir la frontière mexicaine ! Après un passage à la boulangerie et au petit supermarché pour le dernier ravitaillement, je repars un peu avant 11h, le sac un peu plus chargé mais à 51 miles de l’arrivée, ce n’est pas bien grave.

Dans mon imaginaire, les 2-3 derniers jours jusqu’à la frontière mexicaine se faisaient à plat dans le désert au milieu des cactus. Et j’ai eu tout faux ! Comme un dernier baroud d’honneur, l’Arizona Trail s’élève dans les montagnes et canyons environnants. Le dénivelé y est un peu plus conséquent mais les vues plus intéressantes que ce que j’avais imaginé !
Je croise un randonneur norvégien qui me dit qu’il a attaqué hier et va jusqu’à la frontière avec l’Utah. Avec les quelques nuits bien fraîches que j’ai passé plus au nord vers le Grand Canyon et Flagstaff, je n’ose imaginer le froid qu’il fera quand il arrivera là-bas et je suis bien content d’approcher de la fin pour ma part par rapport à ce point-là !

 

Jour 38 – Vendredi 1er novembre : Mile 755,7-mile 780,3

24,6 miles (39,6 km). Total: 1233,7 km

 

À 33 miles de l’arrivée, le but est simple aujourd’hui, en faire un maximum afin d’en faire un minimum demain ! Il s’agit donc de la dernière grosse journée de marche en terme de kilomètres mais aussi en terme de dénivelé. L’avantage de commencer l’AZT dans le sens où je l’ai fait (Southbound, Utah vers Mexique) est que le dénivelé est relativement tranquille au début pendant plus de 100 kilomètres jusqu’au Grand Canyon et même aux alentours de Flagstaff il y a des sections plutôt plates ce qui permet de « faire » les jambes avant d’attaquer les choses sérieuses. Mais dans l’autre sens (Northbound, Mexique vers Utah) il n’y a aucune mise en jambe et dès les premiers kilomètres le chemin s’élève sur des pentes assez raides et prend vite de l’altitude.
Ainsi, j’évolue une grande partie de la journée entre 1600 et 1800m d’altitude avant d’entrer dans les Huachuca Mountains pour la dernière grosse ascension de mon aventure. Plusieurs lacets interminables se succèdent et me font grimper au-delà des 2600m. L’avantage est que je sors peu à peu de la forêt et que la vue se dégage, offrant un dernier panorama des kilomètres à la ronde sur ces montagnes de l’Arizona qui m’ont accompagné depuis plusieurs semaines.
Quelques indices m’indiquent que je me rapproche indéniablement de la frontière mexicaine comme cette voiture de la police des frontières ou ce que je soupçonne être des drones qui surveillent l’entrée de migrants sur le sol américain par les montagnes.

Complètement épuisé par cette journée, je m’arrête juste avant la tombée de la nuit (je n’ai pas le choix de toute façon, ma lampe frontale est tombée en rade de batterie) et je campe à 2600m d’altitude, à 8 miles seulement de l’arrivée. Une dernière petite montée est quand même au programme demain pour la forme !

 

 

 

J39- Samedi 2 novembre: Mile 780,3-mile 788,6 (km 1269,1)

Total: 1269,1 km

AZT done !

39 jours après le départ de la frontière avec l’Utah, j’ai atteint ce matin la frontière mexicaine !
Un peu plus d’un mois en pleine nature à travers l’Arizona qui m’a comblé et agréablement surpris.

En attendant de nouvelles aventures sur le Continental Divide Trail l’année prochaine, place à une douche plus que méritée, quelques burgers et … bières évidemment !

 

 

Excité d’arriver à la frontière mexicaine ce matin, je suis réveillé aux aurores et peux du coup profiter d’un dernier lever de soleil magnifique, j’en regrette presque de ne pas avoir campé à un sommet pour profiter du spectacle du ciel en feu !
Une ultime montée se présente et histoire d’en baver jusqu’au bout, je fais même le demi mile alternatif pour aller jusqu’au Miller Peak (2886m) et je ne vais pas le regretter. La vue à 360 degrés y est sensationnelle et je reste là à en profiter une bonne demi-heure. Malgré la fraîcheur des lieux, je ne veux pas partir et reste les yeux émerveillés devant les montagnes de l’Arizona et du Mexique. Mais il me reste 6 miles pour boucler mon aventure et j’entame à 8h30 la longue descente qui me mène au but. Je profite des derniers instants dans les superbes Huachuca Mountains et j’arrive au trailhead d’où il faudra que je fasse du stop (ou que je marche sur la route) plus tard. Le monument qui marque la fin de l’AZT est à 1,8 miles d’ici, je les fais à moitié en trottinant pour y arriver le plus vite possible et à moitié en prenant mon temps pour profiter jusqu’au bout !

A 10h15, j’aperçois enfin ce fameux monument que je peux toucher. Pas d’émotion particulière, juste une grande joie et une grande fierté d’être venu à bout d’un superbe trail. J’y reste une bonne demi-heure, profitant du moment présent seul au monde – un peu à l’image de tout mon Trail en fait ! – et y buvant une IPA bien méritée.

Comme sur le PCT, une fois le Trail en lui-même terminé, il faut tout de même marcher encore pour vraiment en finir ! Je refais les 1,8 miles en sens inverse (et tout en montée sinon ce n’est pas marrant !) et reviens au Trailhead où je mange rapidement une dernière tortilla au thon. Quelques voitures sont stationnées là, des randonneurs à la journée qui profitent des superbes Huachuca Mountains mais inutile d’attendre le pouce levé qu’une quitte les lieux, je préfère marcher sur la route de terre et compter sur la bonté d’une personne qui s’arrêtera peut-être.

La ville de Sierra Vista d’où mon bus pour Phœnix part demain matin est à 22 miles et je me dis au pire que je peux marcher jusque là-bas mais après trois quarts d’heure de marche sur cette route de terre, une femme s’arrête et propose de m’avancer un peu avant de carrément m’inviter à boire une bière chez elle quand je lui dis que je viens juste de terminer l’Arizona Trail ! Elle vient tout juste d’arriver dans l’Arizona et possède aussi une maison dans le Colorado où elle fait beaucoup de randos/trails (au sens « français » du terme, c’est-à-dire des courses sur chemin). Une chouette rencontre et je suis presque honteux d’arriver tout crade chez elle … Après une bonne heure à discuter randos et USA notamment, je ne veux pas abuser de sa gentillesse mais elle tient quand même à me déposer à Sierra Vista où je trouve un hôtel pour retrouver un semblant de civilisation avec une douche plus que méritée !

Je n’aurai pas à me soucier de savoir combien de miles je dois marcher demain ni où je dormirai et j’ai déjà hâte de prendre la route mardi pour un petit road trip plus classique en voiture en Arizona et en Utah pendant 10-12 jours avant de rentrer en France.

 

Le bilan de Rémy

Après le Te Araroa en Nouvelle-Zélande, j’avais envie – et besoin peut-être aussi – de repartir sur une longue randonnée mais pas forcément un trail exigeant de plusieurs mois, du coup l’Arizona Trail s’est vite imposé comme un choix évident et je ne le regrette absolument pas.
J’ai vraiment été agréablement surpris par ce chemin de bout en bout. L’image que j’avais de cet état majoritairement désertique s’est vite avérée erronée. Et même après y avoir passé quasiment 6 semaines, j’ai l’impression de n’en avoir vu qu’une infime partie et comme énormément de lieux dans l’ouest américain, il faudrait y consacrer plusieurs autres semaines voire mois tellement cette partie du pays est incroyable.  Je ne m’interdis pas un jour pourquoi pas de refaire même ce Trail dans l’autre sens au printemps, avec la neige cela doit être complètement différent.

Quelques chiffres

  • 5 : le nombre de douches prises en 39 jours … Quand je vous dis qu’il y a très peu d’eau sur ce Trail !
  • 1 : un seul jour de pluie, mon deuxième sur le Trail, sinon un grand soleil continu pendant plus de 5 semaines, des conditions idéales en tant que randonneur même si l’état a définitivement besoin de pluie
  • 32 : le nombre moyen de kilomètres marchés chaque jour
  • 3 : le nombre de nuits passées dans un lit (le reste étant forcément dans ma tente)
  • 74 : en dollars le coût total du logement
  • 1 : un seul serpent à sonnette vu dans un état réputé pour accueillir parmi les animaux les plus venimeux du continent américain, presque une déception !
  • 10 : je m’en serai bien passé mais j’ai vu une dizaine de tarentules que j’ai essayé d’apprécier et qui ne m’ont pas forcément dérangé sur le chemin mais je reste toujours effrayé par ces bestioles
  • Beaucoup : beaucoup de daims/chevreuils/cerfs/biches et elks/wapitis/élans
  • 6 : le nombre de randonneurs rencontrés qui allaient comme moi de l’Utah au Mexique. Vous avez dit seul au monde ?
  • 845 : le budget total pour 39 jours sur le Trail. Ceci inclut le logement, la nourriture, les bières etc Moins cher que de rester en France du coup !
  • 5 : le nombre de livres lus durant le Trail :
    1) “Millenium Tome 6” de David Langercrantz
    2) “Le feu sur la montagne” d’Edward Abbey (gros coup de cœur, lisez du Edward Abbey !)
    3) “Le tour du Monde en 80 jours” de Jules Verne
    4) “L’appel de la forêt” de Jack London (lisez du Jack London aussi !)
    5) “Voyage au centre de la Terre” de Jules Verne
  • 200 : en pourcentage ma motivation pour faire le Continental Divide Trail l’année prochaine !

 

Et évidemment un grand merci à tous ceux qui m’ont suivi, aimé les publications, commenté les photos, même à des milliers de kilomètres ça fait chaud au cœur.

 

 

6 responses à “1300 kilomètres à pied sur l’Arizona Trail, revivez l’aventure de Rémi

    1. Vous êtes d’ailleurs les seuls français que j’ai croisé depuis mon départ !!
      Déjà que je ne croise pas grand monde sur le Trail alors des français c’est pas monnaie courante en Arizona !

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