L’interview Wild de Rémi, finisher du Pacific Crest Trail

C’est l’un des chemins de randonnées les plus célèbres des Etats-Unis, voire au monde : le Pacific Crest Trail. Un bijou de 4260 kilomètres allant de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, passant par la Californie, l’Oregon et l’état de Washington. Du désert aux forêts de l’état de Washington en passant par les sommets enneigés de la Sierra Nevada et des parcs nationaux comme Yosemite ou Crater Lake, le PCT est un chemin extraordinaire, popularisé par le livre (puis le film) Wild de Cheryl Strayed. C’est aussi un peu le rêve de JP.

Nous avons la chance de compter parmi nos lecteurs Rémi, qui a terminé le Pacific Crest Trail cette année. Logiquement, nous étions obligés de lui poser quelques questions. Alors, c‘est parti pour l’interview wild de Rémi !

 

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Il a parcouru le Pacific Crest Trail : l’interview de Rémi

 

Hello Rémi, peux-tu te présenter ? 

Rémi, 29 ans, je viens d’Avignon. Mon métier principal est préparateur de commandes en surgelés ou plus communément, pingouin pour les magasins Picard ! Je suis aussi correspondant sportif pour un journal local (La Provence)

Il n’y a pas une passion qui prend tout mon temps libre, je suis plutôt un touche-à-tout. Collectionneur de BD/comics, féru de sports (un peu en vrai, beaucoup devant la TV !) surtout américains (baseball, foot américain et hockey sur glace), amateur de bonnes bières et de bons whiskys – la qualité avant la quantité évidemment ! – et surtout passionné de voyages forcément puisque je suis un peu ici pour ça il parait !

 

Tu reviens de plusieurs mois de randonnée sur le Pacific Crest Trail. Peux-tu nous rappeler aux Roadies de quoi il s’agit et comment t’es venue cette idée ?

Le Pacific Crest Trail (ou PCT pour les intimes) est un chemin de grande randonnée aux Etats-Unis à travers les états de Californie, Oregon et Washington, qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Il y a du coup pas mal de kilomètres pour parcourir cette distance, 4260 pour être plus précis, ou 2650 miles puisque les américains s’entêtent avec leur système d’unités de mesure !

J’ai effectué un premier voyage dans cette partie des USA en 2013, mais en voiture avec un ami et l’idée de parcourir plus en détail cette région à pied m’a trotté dans la tête. L’envie de couper avec le quotidien d’un boulot plutôt pénible et la lecture du livre Wild de Cheryl Strayed ont fait le reste.

 

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Quel a été ton parcours ?

Je suis parti de Campo à la frontière mexicaine, mile 0, le lundi 25 avril 2016 et ai atteint la frontière canadienne le lundi 12 septembre 2016 soit 141 jours. J’ai pris 11 jours de repos complet (c’est-à-dire avec 0 mile parcouru dans la journée) durant cette aventure. Il m’a fallu plus de 3 mois pour traverser la seule Californie où passe la grande partie du PCT quand il ne faut guère plus de 3 semaines pour les états d’Oregon et Washington.

 

Comment as-tu préparé une telle aventure ? 

Beaucoup de recherches sur le net les mois précédant mon départ. Je n’avais quasiment aucun matériel pour une telle aventure donc il m’a fallu passer pas mal de temps à décortiquer les sites pour débusquer le meilleur matériel.

Pour le côté sportif, j’ai fait quelques randonnées à la journée dans le Vaucluse avec mon sac à dos chargé d’une quinzaine de kilos et deux randonnées bivouac sur un week-end afin de tester le matériel.

 

Vue sur le Mont Jefferson depuis Ollalie LakeIMG_2412

 

Quels ont été tes moments/souvenirs/endroits préférés sur ce trail ?

Si j’avais un top 3 à faire, je dirai :

  • Crater Lake. C’est la seconde fois que j’allais dans ce superbe National Park et c’est toujours aussi splendide. Le fait de le découvrir à pied ajoute au charme et comme j’ai failli en plus ne pas pouvoir le voir à cause d’un feu de forêt qui s’est déclaré 2 jours avant d’y arriver, j’étais d’autant plus soulagé et heureux d’y être !

 

CRATER LAKE IMG_2264

 

  • L’ascension du Mont Whitney à 4421 mètres d’altitude. Même s’il n’est pas techniquement sur le PCT, quasiment tous les randonneurs tentent son ascension car le chemin passe à quelques kilomètres seulement et ça serait trop bête de ne pas aller au sommet de la plus haute montagne des Etats-Unis contigus (hors Alaska et Hawaii donc puisque le Denali en Alaska culmine lui à plus de 6000 mètres) Avoir réussi à le faire pour le lever du soleil a vraiment été un moment marquant de mon PCT, l’explosion de nuances de couleurs au fur et à mesure que le soleil se lève est indescriptible.

 

5h et quelques du matin, le somptueux spectacle du lever de soleil au Mont Whitney13592816_10209233722138067_7630352268941967430_n (1)

 

  • La traversée de la Sierra Nevada. Cette chaine de montagnes est LE «highlight » du PCT et même si nos Alpes françaises n’ont rien à envier à son homologue américaine, ce fût un sacré moment fabuleux sur quasiment un mois complet.

 

Bullfrog Lake dans la Sierra NevadaIMG_1360

 

Beaucoup de gens le font en plusieurs fois ; toi tu l’as fait d’un coup, c’était pas trop dur physiquement ?

Beaucoup d’Américains le font effectivement sur plusieurs années, plus pratique pour eux en étant sur place mais pour nous autres européens, ce n’est pas forcément évident de se rendre chaque année aux Etats-Unis sur une longue durée donc pour moi la question ne se posait pas : si je le faisais, c’était d’une traite ! La plus grosse inquiétude était évidemment avant le départ de se demander si j’allais être capable d’enchainer autant de jours de marche consécutifs mais le corps humain est une formidable machine qui s’adapte à toutes les situations et je n’ai eu aucun pépins physiques durant ces 4 mois et demi. Je ne dirai pas que c’était facile non plus hein, mais le PCT n’offre pas de forts dénivelés contrairement à d’autres chemins donc c’est vraiment réalisable par le commun des mortels, avec de la volonté et un bon mental surtout et pour peu qu’on puisse se libérer plusieurs mois il est vrai.

 

Quel était ton rythme chaque jour ?

Je tiens à remercier ma mère qui s’est occupée de toutes les statistiques sur tableau Excel ! Et donc si je lui fais confiance (et c’est le cas !), j’ai marché 30,25km par jour en incluant les jours de repos et 32,81 km hors repos. Sachant que certains jours sont considérés comme des « neros days » où on ne marche que quelques kilomètres (moins de 10), la moyenne tournait autour des 35 km je pense, entre 20 et 25 miles. On n’a de toute façon pas trop le choix, la fenêtre météo pour faire le PCT se situe entre début avril et fin septembre, si on veut le faire en une fois dans cette période, ça oblige à marcher minimum 20 miles/jour en général.

 

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Comment faisais-tu pour dormir ?

Je n’ai pas fait le calcul en détail, mais sur 141 nuits, je pense en avoir passé environ 130 dans ma tente. La nature américaine est formidable dans le sens où on nous autorise à camper à peu près où on veut (sous réserve d’avoir un permis à certains endroits certes). Certaines fois, des campings aménagés étaient sur le chemin. Attention, on ne parle pas de campings avec douches chaudes, mobil-homes et restaurant-bar, mais plutôt de campground à l’américaine avec un emplacement suffisamment plat pour planter la tente et toilettes sèches ! Mais sinon la plupart du temps c’était sur des campements non officiels sur le bord du chemin, du moment qu’ils étaient assez plats pour y passer une bonne nuit.

Les bifurcations vers les villes ne sont possibles que tous les 5-7 jours en général. Une nuit dans un lit à l’hôtel ou l’auberge de jeunesse n’était évidemment pas de refus mais ça impactait forcément le budget. Il y a aussi eu 2-3 nuits chez des trails angels, ces gens formidables qui vous accueillent chez eux, avec nuit dans un lit ou dans la tente dans leur jardin.

 

TRAILS ANGLES HIKER HEAVEN IMG_0876

 

Désolé, mais comment faisais tu quand tu avais un petit (ou un gros) besoin ?

Probablement une des questions les plus fréquemment posée avant mon départ ! Ce n’était pas vraiment une de mes préoccupations principales puisque de toute façon je savais que je n’aurai pas le choix et qu’il fallait s’adapter et faire où je pouvais ! En tant qu’homme, je dois en revanche concéder que c’est moins problématique qu’une femme.

Le principal étant de ne pas attendre la dernière minute pour se retrouver au dépourvu et devoir trouver un coin à l’abri en vitesse. Il y avait généralement toujours un arbre, un rocher, un coin en hauteur ou en contrebas afin de se protéger des regards indiscrets. Les Etats-Unis sont aussi les rois des toilettes sèches et je pense ne pas me tromper en disant que tous les randonneurs chérissaient ces endroits !

 

Qu’est-ce qu’il y avait dans ton sac ?

Le minimum syndical pour subvenir à mes besoins durant 4 mois et demi ! N’ayant aucune expérience de grande randonnée itinérante en autonomie complète auparavant, c’était un gros test pour moi et je m’en suis plutôt bien sorti. Le point principal à ne pas négliger est le poids du sac à dos. Je ne suis pas un Marcheur Ultra-Léger (MUL) mais j’ai essayé d’avoir mon sac à dos le plus léger possible en supprimant tout ce qui me paraissait inutile. Si on se pose la question de savoir si tel ou tel objet nous servira sur le PCT, c’est qu’il ne faut pas l’emporter ! C’est trop souvent comme ça qu’on se retrouve avec des objets dont on s’est dit avant le départ « ça pourra me servir » alors qu’on le regrette vite.

Donc au final, quand on essaie d’être léger et de supprimer le futile on se retrouve avec quelque chose qui ressemble à ça : un matelas gonflable, un sac de couchage, une tente pour la partie dodo. Pour les vêtements, une doudoune, une veste de pluie, un pantalon convertible en short, un tee-shirt manches longues, un tee-shirt manches courtes, un tee-shirt manches longues près du corps pour la nuit, un caleçon long pour la nuit, 3 caleçons, 3 paires de chaussettes, un bonnet, des gants. Pour la cuisine, un réchaud MSR Pocket Rocket, une popote MSR en titane, une cartouche de gaz, un couteau Opinel et une Spork en titane. Pour l’hygiène, une serviette micro fibres, dentifrice et brosse à dent, papier toilette/lingettes pour bébé.

Une trousse de secours, une liseuse pour le soir, une lampe frontale, les câbles et adaptateurs pour recharger le matériel électronique, une paire de lunettes de soleil indispensable pour la Sierra, tout comme la boîte à ours ultra volumineuse ! Tout ça dans un sac 44L pour ma part bien que 80°% des randonneurs privilégie un sac plus gros, les 58L et 65L étant monnaie courante.

 

Au sommet de Forester Pass, point culminant du PCT à 4009 mètresIMG_1338

 

Comment as-tu géré ton budget ?

Mon cas était un peu particulier puisque j’avais gardé mon appartement en France et que j’avais donc toutes les charges à payer comme si j’étais resté dans l’hexagone. Du coup, j’ai dû faire attention à ne pas trop dépenser à chaque ravitaillement, c’était assez contraignant car j’ai vite dû me restreindre alors que j’aurai aimé me faire plus plaisir certaines fois (bon ok, j’ai quand même bu pas mal de bières et je ne vais pas me plaindre de ce côté-là !). Je n’ai pas encore fait le calcul en détail, mais je suis presque sûr que le PCT en lui-même coûte moins cher que de rester en France ! (si on n’a pas d’appartement et de factures à payer évidemment). Vu que les seules dépenses sont consacrées à la nourriture sur place, et de temps en temps en extra comme les nuits d’hôtel/auberge de jeunesse et les restaurants. Le logement coûte théoriquement 0€ pour 90% des nuits donc c’est un gain non négligeable. Pas d’essence, pas de sorties en boite, pas de jeux vidéos ou de bandes dessinées à acheter, la carte bleue ne sert qu’une fois tous les 5-6 jours pour acheter à manger normalement. Difficile en revanche de prévoir le budget sur des impondérables tel que la casse de matériel à remplacer même s’il faut le prendre en compte.

On m’a bien trop souvent dit que j’étais riche pour pouvoir faire un voyage de ce type, mais l’argent est vraiment une fausse excuse, je peux certifier que très très peu de randonneurs roulaient sur l’or sur le PCT.

 

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As-tu fait des rencontres sur la route, des gens avec qui tu as marché (ou trop chiants) ?

J’y allais un peu pour me ressourcer, me retrouver avec moi-même, fuir la civilisation, mais j’avais oublié que le film Wild était passé par-là entre temps et que du coup le PCT était de plus en plus populaire, si bien que je n’ai pas passé une seule journée sans voir au moins une personne ! Mais je ne le regrette pas forcément puisque 2 semaines à peine après mon départ, j’ai rencontré deux amis français d’Annecy (Max et Pierre, santé !) aux alentours du mile 300, on a sympathisé et marché un bout de chemin ensemble. Jusqu’au Canada en fait ! Peu avant le 1000ème mile, on a également rejoint un autre français, Olivier de Nice, avec qui j’avais déjà fait une randonnée de 2 jours en février afin de nous entraîner sur la neige de la montagne de Lure. On a donc marché ensemble jusqu’au bout, plantant nos 4 tentes MSR tous les soirs aux mêmes endroits !

J’ai également régulièrement croisé les mêmes personnes que ce soit sur le chemin ou dans les villes, surtout sur les 2 derniers mois puisque la vitesse de marche est à peu près la même pour tout le monde à ce moment-là. Je n’irai pas jusqu’à comparer le PCT au monde des Bisounours mais je dois dire qu’on ne rencontre personne de chiant durant 4 mois et demi et ça fait un bien fou !

 

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Comment cela s’est passé au niveau de la vie sauvage, avec les animaux ?

A mon grand regret, je n’ai pas eu la chance de rencontrer un ours puisque c’était un peu un des objectifs de ce voyage ! Eux m’ont probablement vu, tout comme les « mountain lions » qui se font très discrets.

A mon grand bonheur, je n’ai pas eu à expérimenter la rencontre d’une énorme araignée ou d’un scorpion venimeux, ouf ! J’ai en revanche eu tout le loisir d’entendre sonner les queues des serpents à sonnette à plusieurs reprises dans le sud californien ! Si j’espérais en voir au moins un, je commençais à me lasser après la quinzaine observée sachant qu’il faut quand même être assez vigilant pour ne pas se faire mordre et que si je n’en avais pas forcément peur, ça fait toujours sa petite impression quand vous le voyez au dernier moment.

Le reste de la faune se compose de milliers de sauterelles, divers lézards, scarabées, énormes marmottes et autres écureuils et chipmunks, et d’un nombre considérable de cerfs/biches, pas farouches du tout puisqu’ils viennent manger autour des tentes et accessoirement vous réveiller en sursaut la nuit quand ils partent à grandes enjambées pour une raison inconnue en faisant un vacarme d’enfer à proximité de votre sac de couchage ! J’ai eu la chance d’apercevoir un groupe d’élans dans mes derniers jours à Washington également.

J’ai mis du temps avant de faire ma première nuit à la belle étoile principalement par « peur » des insectes et bestioles en tout genre qui viennent vous embêter la nuit, et au final, sur la dizaine que j’ai fait, je n’ai eu aucun souci, donc il ne faut pas trop s’inquiéter des animaux sauvages.

 

En approche du célèbre et magnifique Mont HoodIMG_2426

 

Comment as-tu géré ton ravitaillement (nourriture, eau…) ?

Pour la nourriture, j’ai opté pour la solution hybride entre ravitaillement en ville et envoi de colis. Si à 2-3 endroits, l’envoi de colis est quasiment obligatoire, on peut s’en passer pour le reste. Les Américains s’envoient quasiment exclusivement des colis car c’est plus facile pour eux de préparer de la nourriture déshydratée avant et de se la faire envoyer tout au long du chemin mais pour les Européens, généralement, on trouve ce qu’il faut en magasin pour un ravitaillement de plusieurs jours, même si c’est plus ou moins cher selon les endroits. Si j’ai transporté au maximum 7-8 jours de nourriture surtout au début, sur la fin en Oregon et Washington c’était plutôt 5-6 jours. Dans les petits magasins et stations essence, il y a toujours de quoi faire normalement sachant que les courses n’étaient de toute façon pas très variées : nouilles chinoise, purée, tortillas, jambon, cheddar, Pringles, diverses barres céréales et autres sucreries, beurre de cacahuètes, Nutella …

Pour l’eau, énormément de randonneurs optent pour le filtre à eau mini Sawyer. C’est ce que j’ai fait et j’en ai été satisfait même si j’aurai dû faire comme la plupart des randonneurs une fois la Sierra passée et opter pour le plus gros filtre Sawyer qui est beaucoup plus rapide.

En 2016, il devient très facile d’avoir toutes les informations pour son PCT (GPS, ravitaillement dans les villes, campements …) grâce à 2 superbes applications pour smartphones : Halfmile Maps et Guthook. Et sur ces deux applications, il y a surtout la position de toutes les sources d’eau que l’on va rencontrer sur le chemin afin de savoir combien il faut en transporter car il n’est pas rare (surtout dans le sud de la Californie) d’avoir des sections de 15-20 miles sans eau. Du coup, il est très facile de s’approvisionner en eau dans les lacs, sources, robinets etc même s’il convient de toujours filtrer son eau. Par chance, je n’ai jamais été malade à cause de l’eau même si j’ai « joué » quelque fois en ne la filtrant pas et en la buvant directement à la source. Dans la Sierra à haute altitude ça ne pose pas trop de problème et très peu de personnes filtre l’eau durant plusieurs semaines, mais il faut faire attention par la suite, une infection à cause de l’eau pouvant aller d’une simple gêne intestinale à une hospitalisation plus sérieuse.

 

Le timing est souvent important sur le PCT notamment à cause de la neige ; as-tu été gêné cette année, sachant que ça a été une année à neige ? 

On a eu droit à l’année la plus enneigée de ces 5 dernières années effectivement même si ça n’avait rien de comparable avec 2011 qui a été une des années les plus enneigées de tous les temps. Ceci dit, la neige était bien présente dans la Sierra pendant 3 semaines-1 mois. N’étant pas pratiquant de sports d’hiver et habitant le sud de la France, je ne suis pas très à l’aise sur la neige ! C’est pour ça qu’on avait d’ailleurs fait une randonnée d’un peu plus de 40 km sur deux jours à la montagne de Lure avec Olivier au mois de février afin d’appréhender les sensations sur la poudreuse. Alors évidemment qu’un sommet à 1600m n’est pas comparable avec des cols à plus de 3500m comme on a eu sur le PCT, mais n’empêche que ça m’a aidé et que j’ai pu voir que marcher sur la neige n’avait au final rien de bien compliqué ou terrifiant. Le plus difficile et dangereux étant les passages à flanc de falaise tôt le matin avec la neige très glissante. Je me suis fait peur quelques fois et j’appréhendais vraiment ces passages par la suite mais pas de bobos à signaler.

 

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Pour la Sierra, j’avais acheté des crampons exprès avant de partir sauf que dès leur première utilisation en France, j’avais eu un problème sur un des crampons qui se séparait en deux et je ne pouvais donc pas marcher avec. Je pensais avoir régler le problème mais ça m’a fait la même chose sur le PCT du coup je n’ai jamais pu les utiliser … Je n’avais pas acheté de piolet, si bien que l’ascension du Mont Whitney en partant à 1h du matin sans crampons ni piolet a été folklo au début. Heureusement que je l’ai fait avec un groupe de 3 autres personnes dont une fille qui m’a gentiment prêté son piolet ce qui m’a sauvé de plusieurs chutes je pense. Dans la première ville croisée par la suite, j’ai acheté une paire de microspikes, des micro crampons comme les chaines pour les pneus de voiture, très utile pour se sentir plus en confiance.

Si la neige ralentit forcément le rythme de marche et qu’on ne peut pas faire des journées de 25-30 miles dans la Sierra, quand il s’agissait juste des cols à franchir, il n’y avait qu’à suivre les traces de pas déjà faites par les randonneurs déjà passés. Le plus gros problème étant quand il  a neigé une fois par-dessus les traces de pas et que c’était à nous de les faire en essayant de trouver le chemin à l’aide du GPS ! C’est le gros problème de la neige ; le chemin est recouvert et donc caché et il peut être difficile de s’orienter.

 

As-tu à un moment songé à arrêter ?

Contrairement à ce que je pensais avant de me lancer, à aucun moment je ne me suis dit « qu’est-ce que tu fous ici ? » et n’ai eu des pensées négatives au point de vouloir abandonner. J’avoue que les derniers jours dans l’état de Washington ont été mentalement très durs à cause d’une météo capricieuse et que j’avais hâte d’en finir, mais si près du but, il était hors de question d’arrêter.

 

 

Drapeau français et champagne pour célébrer l'arrivée au midpointIMG_1956

 

Comment ça se passe depuis le retour ? As-tu d’autres trails en tête (notamment américains) ? Est-ce que ça a changé quelque chose en toi ? 

Etonnamment, ça se passe plutôt bien. Quasiment un mois après le retour, je n’ai pas eu de coup de blues encore même si je ne peux pas dire que le PCT ne me manque pas ! Il faut dire que j’ai vite repris le boulot (3 jours après mon retour) donc j’ai été rapidement remis dans le bain et dans la routine et on s’aperçoit vite qu’en 5 mois, rien n’a changé et on reprend vite le rythme.

J’ai évidemment des idées de trails en tête, moins longs pour un futur proche et en France (GR 20, Saint Jacques de Compostelle, Chemin de Stevenson, GR10 …) mais l’Appalachian Trail et le Continental Divide Trail me font évidemment de l’œil aux Etats-Unis ! Ils forment la « triple crown » avec le Pacific Crest Trail, et je me dis que ça serait dommage de ne pas  les tenter maintenant que j’en ai fait 1 sur 3 ! Ca ne sera pas pour tout de suite, mais dans les 5 ans à venir pourquoi pas.

Je pensais que le PCT pouvait être un bon moyen de faire un travail sur soi, se retrouver avec soi-même, faire un point sur sa vie, etc… Même si on a de nombreuses pensées tout au long d’une journée de marche, le PCT est très fréquenté et est assez exigeant d’un point de vue technique (racines d’arbres à éviter, cailloux, passages à flanc de falaise …) et demande une attention constante si bien que contrairement à St Jacques de Compostelle par exemple, il est très difficile d’en faire un chemin spirituel et je ne peux pas dire qu’il ait changé quelque chose en moi fondamentalement. Ou alors je le trouverai peut-être dans les mois à venir. Ce sont plus des petits changements dans la vie de tous les jours : moins se plaindre, profiter des choses simples de la vie, apprécier de passer du temps à cuisiner, essayer de limiter le plus possible la procrastination même si j’ai du boulot encore de ce côté-là !, se rendre compte que l’on peut faire énormément de choses dans une journée quand on a été capable de marcher plus de 40 kilomètres etc

 

 

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Si tu avais un conseil à donner aux Roadies qui voudraient s’attaquer à ce monument, lequel serait-il ?

Lancez-vous !

Marcher plus de 4000 kilomètres pendant 5 mois peut paraître  effrayant comme ça mais je peux vous assurer qu’on ne soupçonne pas ce dont notre corps humain est capable ! Pour peu qu’on sache mettre un pied devant l’autre, le PCT n’a rien d’insurmontable et peut être réalisé par tout le monde. Vous en baverez certainement à certaines reprises, mais dites vous que le jeu en vaut la chandelle quand après plusieurs heures de marche effrénée vous serez récompensé par une superbe vue sur un mont enneigé ou un ciel étoilé apprécié à la belle étoile. Très peu de personnes revienne du PCT déçu (ça existe malheureusement) donc il n’y a aucune raison de ne pas le tenter pour ceux qui ont ce projet.

Dernier point pour vous convaincre, je n’ai jamais mangé autant de Nutella et de burgers durant ces 141 jours passés sur le PCT et j’ai réussi à perdre 9 kilos malgré ça !

 

 

 

Le ping-pong de Roadie

Californie ou Oregon ? Oregon

Yosemite ou Crater Lake ? Crater Lake

Short ou pantalon pour marcher ? Short

Sac à dos ou banane ? Sac à dos

Toilettes sèches ou popo dans la forêt ? Toilettes sèches

Ta musique sur le PCT ? Très éclectique. Guns N’ Roses, Red Hot Chili Peppers, Metallica, BO d’Into the Wild, Grateful Dead, Arcade Fire, Limp Bizkit, Foo Fighetrs

Ta lecture sur le PCT ? Lonesome Dove que je recommande à tout le monde ! Las Vegas Parano, Vouloir toucher les étoiles de Mike Horn, Football Factory, A walk in the woods (Randonneurs Amateurs)

Le meilleur moment ? Le Mont Whitney

Le pire moment ? Les derniers jours dans Washington sous la pluie

Wild ou Randonneurs amateurs (ou Into the wild) ? Into the Wild

Ce qui t’a le plus manqué ? (et le moins) + La nourriture française et surtout le pain ! - Le froid du boulot et le mistral !

 

Merci infiniment Rémi. Les Roadies, n’hésitez pas à lui poser vos questions !

 

Pour aller plus loin

 

7 responses à “L’interview Wild de Rémi, finisher du Pacific Crest Trail

  1. Génial ce témoignage!
    Depuis que j’ai vu le film (oui, oui, je n’ai pas lu…), que je ne voulais pas regarder au départ, je suis intriguée et fascinée par le PCT.
    Je suis mitigée sur le fait de la faire ou non. Après notre dernier voyage USA, je me suis rendue compte de la pénibilité de la neige et de très longues randonnées, alors en faire de cette façon pendant 4 mois et demi, m’effraie.
    Peut-être un jour ou une partie.
    En tout cas, merci pour ce témoignage! :)

    1. Hello Michael, c’est un visa touriste B2. Un peu plus compliqué et plus cher à obtenir que l’ESTA. Rendez-vous en ambassade, etc…
      A plus ;-)

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